« Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : “Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font”. »
(Luc 23, 33-34)

Saint Yves nous guide au chemin cahoteux de la patience et du pardon. La prière quotidienne enracinée dans l’Esprit mène à une patience prête à tout endurer. En sa vie les fruits de la patience sont paix et concorde, deux mots souvent présents dans la bouche des témoins. Plus Yves avance en âge et plus ce qui lui importe, ce n’est pas de gagner promptement un procès, c’est d’établir paix, concorde, réconciliation, en fait c’est le salut des pécheurs, des âmes, c’est conduire son troupeau au chemin escarpé de la conversion.

Pour Dame Oliva, veuve, Yves a une grande patience… jamais je n’ai constaté chez lui colère ou agacement contre quelqu’un. Denys Jameray nuance : sauf quand il entendait dire qu’on machinait une injustice contre son prochain mais Yves a souci du trompeur qu’il pressait et amenait par ses saintes paroles à un accord de paix. Jacquet de Louannec, fils de Rivallon est convaincu que si quelqu’un l’avait frappé, il l’aurait supporté avec patience. Quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. (Matt. 5, 39)

Témoin n°46, Yves de Trégordel, paroissien de Pleubian, âgé de 55 ans…

Dom Yves était très patient et très bienveillant. Parfois quelques gens, je ne me rappelle plus qui, le traitaient de coquin devant moi, en se moquant de lui. Et dom Yves pourtant supportait et endurait cela patiemment et gaîment.

Et je me souviens avoir vu dom Yves une fois défendre la cause d’une femme, une pauvre veuve, nommée Alice Amon, de la ville de Tréguier, dans la cour du Seigneur G. de Tournemine, contre le fils Prigent de Ploëzal. À cette occasion, l’avocat de la partie adverse l’insulta de bien des manières. Dom Yves lui dit : Ne me dites pas des injures pour la raison que c’est moi qui défends la cause juste. Et tout le temps qu’il parlait son visage était joyeux et son rire bienveillant. Cela, je l’ai vu et entendu moi-même.

Témoin n°8, Hamon Nicolay, clerc de la ville de Tréguier, 50 ans, appariteur de la cour de justice de l’évêque de Tréguier où saint Yves était l’official

Dom Yves fut aussi un homme de grande patience dans le support des adversités, des injures et des austérités. À plusieurs reprises Guillaume de Tournemine, alors trésorier de Tréguier et le clerc maître Jean Guérin, citoyen de Tréguier, insultèrent dom Yves dans l’église de Tréguier, et lui qui pourtant était né de race noble étant fils d’un damoiseau nommé Hélory, fils de Ganaret de Ker Martin, chevalier, ils le traitaient de rustre, de coquin, de truand, de gueux. Dom Yves supportait cela avec patience, et leur répondait en riant : Que Dieu vous épargne d’être ce que vous dites !

Méditer avec le Cardinal Journet : Comprendre la profondeur du péché.

C’est la première parole du Christ en croix et sans doute la plus difficile à entendre. Car elle signifie notre aveuglement d’humains si peu conscients d’être créés pour l’éternité, face à nos agissements. Charles Journet nous enseigne à quel point nous nous blessons dans le péché qui est littéralement destructeur, parfois mortel, pour nos âmes : acte de révolte contre Dieu, il est un plongeon en enfer. Parce que l’Amour de Dieu est infini, le rejeter est un mal à sa mesure, un mal irréparable. Mais vient le pardon de Dieu faisant fleurir, dans les cœurs où le péché a saccagé les roses du premier amour, leur pureté et leur fraîcheur, les roses sombres, parfois aussi belles, tantôt plus belles, d’un second amour, avec ses repentirs, ses larmes, ses ardeurs.

Voir Les sept paroles du Christ en croix, par Charles Journet, Seuil, avril 1998, 182 p.