Nous voilà à la 4e semaine de Carême, il a pris un tournant inattendu avec le confinement auquel nous sommes tous astreints ; occasion de vivre davantage la prière, le jeûne et l’aumône. Occasion aussi de creuser notre soif de l’Eucharistie par la communion spirituelle *.

Saint Yves, grand ascète, vivait intensément le Carême, uni au Christ, mais aussi tourné vers la Vierge Marie, maîtresse de tous les contemplatifs.

En ce Carême 2020, nous vous proposons d’accueillir et de méditer à la lumière de la vie de saint Yves les 7 Paroles du Christ en Croix.

Vous recevez chaque semaine jusqu’au Samedi Saint une méditation sur chacune de ces paroles. Aujourd’hui la 4e Parole du Christ en Croix.

« Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. » (Jean 19, 28-29)

Saint Yves, brillant étudiant de Paris et Orléans a déjà le souci des pauvres et des malades.
À Rennes, aux fêtes, l’official leur ouvre sa table, lance avec joie : Je vais chercher mes gens !
Il fait construire au Minihy une maison pour les recevoir avec affection « car tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime (Isaïe 43).
Yves, près du puits de Kermartin, fatigué, rejoint Jésus dans son humanité.
Dieu se fait homme au point d’éprouver la fatigue, la soif et surtout ce sentiment d’échec et d’incapacité. Comme chacun de nous Dieu se fait faible. Donne-moi à boire. Cette demande jaillit comme une prière, un soupir, une expression de fragilité. Sur la croix , Jésus, tu exprimes ton humanité si vulnérable : J’ai soif.
Yves reconnaît dans le pauvre nu, malade, affamé et assoiffé, Jésus qui appelle depuis la Croix : « J’ai soif. »

Témoin N°3, Yves Suet, clerc de La Roche-Derrien, diocèse de Tréguier, âgé de soixante-dix ans témoigne :

« J’ai bu et mangé bien des fois avec dom Yves, entouré de pauvres. Il ne mangeait que du pain grossier et des plantes potagères ou des fèves sans autre assaisonnement, et il buvait de l’eau fraîche. J’ai pourtant partagé pas mal de fois les repas de dom Yves, mais je ne l’ai jamais vu manger viandes ni poissons, ni boire de vin. Une fois je l’ai vu donner aux pauvres une fournée entière de pain.
Ce jour-là, par la suite, j’étais à table avec lui à Ker Martin, dans sa maison, quand arriva un pauvre d’une laideur extrême et misérablement vêtu. En ma présence dom Yves le fit asseoir en face de lui et manger avec lui dans la même écuelle. Tandis que le pauvre se tenait près de la porte de la maison, il se tourna vers dom Yves et vers moi et nous dit en breton : “ Kenavo. Ra vezo an Aotrou ganeoc’h ” ! » (Adieu. Que le Seigneur soit avec vous !). Cela dit, le pauvre apparut à dom Yves beau et vêtu d’un habit blanc, comme dom Yves me le rapporta aussitôt. Il me dit que celui qui était arrivé très laid s’en allait beau et que la maison resplendissait de la clarté de son habit. À dater de ce jour, dom Yves ne mangea pas à cette table, mais après le départ du pauvre il se mit à verser des larmes et dit : " Maintenant je sais qu’un envoyé de Nôtre-Seigneur est venu me “visiter ”.

Saint Yves nous interroge sur notre pratique des « œuvres de miséricorde ».
Yves va au devant des attentes des pauvres, anticipe pour mieux servir.
Portons-nous ce souci en nos cœurs comme une priorité ? Yves nous interroge encore. La charité matérielle ne peut suffire, il se donne tout entier, rejoint pauvres et malades avec délicatesse, les vénère dans leur dignité de fils de Dieu. Yves est un saint à genoux devant l’homme, incarnation de la Miséricorde de Dieu qui traverse les âges par les gestes de tant de saints.

Méditer avec le Cal Journet  :

Le Christ a soif de nous : « J’ai soif » (Jean 19, 28).
C’est ainsi que s’exprime le désir de Dieu de nous voir venir jusqu’à Lui. Sur sa croix, il n’y a qu’un homme pour venir au Christ et lui donner à boire : c’est à nous d’aller vers ce crucifié qui souffre pour nous et semblable à nous, de nous approcher de Lui qui est notre rédemption, et de participer amoureusement avec Lui à cette rédemption. Il veut nous unir à Lui, car Jésus a eu soif de la gloire de Dieu et du salut du monde. Il aime tant ceux qui connaissent une pareille soif. Il leur promet des sources vives. Jésus a soif pour nous, pour nous faire venir à Lui et il a soif comme nous, comme nous devons avoir soif de la gloire de Dieu et du salut du monde qui sont notre avenir. Un avenir dont nous savons désormais qu’il commence ici et maintenant, à chaque instant, à chaque infime parcelle de temps qui passe et où nos cœurs d’hommes décident de se tourner ou non vers Lui.
Les sept paroles du Christ en croix, par Charles Journet, Seuil, avril 1998, 182p.

Rejoindre la Confrérie des Témoins de saint Yves

Dix propositions sont faites aux « Témoins de saint Yves », en voici deux :

  1. Saint Yves proposait à ses plaignants de célébrer la messe du Saint Esprit pour ramener la paix entre eux, aussi chaque matin, je prie l’Esprit Saint pour qu’Il me guide sur les routes spirituelles ouvertes par saint Yves. Je peux réciter cette prière :

    Prière à l’Esprit Saint : Esprit Saint, âme de mon âme, je T’adore et je T’aime, éclaire-moi, guide-moi, fortifie-moi, console-moi, indique-moi la route. Je m’en remets, à l’exemple de saint Yves, à tout ce que Tu désires de moi, fais-moi seulement connaître Ta volonté pour éclairer mon chemin. Seigneur Esprit Saint je me tourne vers Toi avec confiance, appuyé sur la prière de ton serviteur saint Yves ; Tu lui as donné en son temps de juger avec équité, d’assister les pauvres. Aussi avec Ton aide, je prends aujourd’hui saint Yves comme modèle de sainteté.

  2. La piété mariale de saint Yves était bien connue, l’église qu’il a fondée à Minihy lui était dédiée. Comme lui je me confie à l’intercession de Marie, notre Mère, Mère de l’Église, en récitant souvent le chapelet et chaque jour cette prière copte du 3e siècle :
    Prière à la Vierge Marie du 3e siècle :

    « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne repousse pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers, délivre-nous, Vierge glorieuse et bénie ».