Journée du 15 février 2014

Avec ATD-Quart Monde

vendredi 25 avril 2014
  par  Fonds St-Yves
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Quatre militants d’ATD-Quart monde ont témoigné ce jour à Saint-Brieuc.

 Contribution de Marcel Le Hir

Pour préparer cette journée, nous nous sommes rencontrés à plusieurs militants d’ATD-Quart Monde. Militants cela veut dire des personnes ayant connu des injustices liées à la misère et qui en connaissent encore aujourd’hui.

À travers nos témoignages, notre réflexion, nous voulons montrer qu’il y a encore aujourd’hui un fossé entre les « professionnels » et ceux qui vivent l’exclusion. Force est de constater qu’on ne prend pas assez en compte les richesses des pauvres, le vécu, leur savoir de ceux-ci. Si on veut une société plus juste la société ne peut se construire sans eux.

L’accès aux droits  : notre expérience nous fait dire que c’est par l’accès aux droits qu’on peut sortir de la misère.
« Quand tu connais tes droits, cela te donne une assurance pour mieux dialoguer avec des professionnels. »
On ne peut remplir ses devoirs si les droits ne sont pas respectés ;
Le mot devoir va avec le mot « respect » : le devoir de chacun c’est de respecter les droits.
C’est aussi à un moment de sa vie, de pouvoir devenir indépendant parce que je sais à quoi j’ai droit, sinon on va me mener n’importe où.
Nous sommes des citoyens comme les autres sauf qu’on ne part pas égaux dans la vie.
Mieux connaître les lois permet de mieux les combattre si celles-ci sont injustes. On est très intéressé par les lois, mais c’est très compliqué.
Par exemple en droit du travail, une militante a raconté :

Quand j’étais petite, il y avait des dames qui lavaient le linge au lavoir ; si le linge déposé était lavé, elles recevaient quelque chose. Maintenant, on doit faire des tas de démarches pour avoir à manger, je ne peux pas de faire de petits boulots sinon on va dire que je travaille au noir. Il y a des lois qui empêchent de vivre. Si les lois n’avaient pas été si compliquées, j’aurais trouvé plus facilement du travail. Donc on fait des lois qui sont censées nous protéger et en fait ces lois se retournent contre nous.

On sait aussi, nous militants, que pour se construire ou se reconstruire, on doit se mobiliser avec d‘autres milieux, avec des professionnels, à condition que ceux-ci ne fassent pas à notre place mais avec nous. Sinon c’est humiliant.

Pour parler de la justice, nous avons parlé d’égalité : pour qu’il y ait une Justice, il faut qu’il y ait une égalité, qu’on soit libre de dire, de comprendre : ce fut très fort dans nos rencontres. Il est indispensable aujourd’hui de se comprendre, de se respecter pour une Justice plus cohérente, égale pour tous et non à deux vitesses.
Le manque d’argent ne doit pas être une barrière, bien souvent c’est le cas : on ne fait pas passer l’humain avant tout.
Un exemple vécu : une personne va voir une avocate et lui explique sa difficulté dans son bureau. Ça dure un quart d’heure. L’avocate a dit : le mieux c’est que vous continuiez à payer. Vous me devez 190 euros et l’affaire est classée !
Ceux qui connaissent le rejet et l’humiliation depuis tout le temps sont beaucoup plus fragiles.
Or on écoute plus les « professionnels », les services sociaux par exemple, que nous. Il faut être respecté dans nos inégalités : les droits engagent des devoirs du côté de la Justice et des personnes.

La Justice c’est compliqué : il y a un juge pour ceci, un juge pour cela, on a l’impression d’être des pions.
Rien n’est plus terrible que d’enlever un enfant à sa naissance : ce bébé est innocent, il ne demande rien. « Quand on t’enlève tes enfants, tu n’es plus rien, tu n’as plus d’identité. »
C’est comme s’il était l’auteur de la misère de ses parents ; c’est lourd de conséquence pour son avenir : on le mettra en institut ou en famille d’accueil.
Où seront ses repères à sa majorité ?
Les décisions de justice sont prises sur des rapports des services où l’on met toujours en avant la notion de danger pour l’enfant. Quand on a des ressources autour de nous, des amis, on n’en tient pas compte. Quand nos enfants sont placés, on nous abandonne. Quand on les récupère, on n’a pas les mêmes moyens que les familles d’accueil.
Mais est-ce qu’on demande aux enfants ? Est-ce qu’ils se rendent compte du mal que cela peut faire ?
Par exemple, pour un militant, un éducateur a profité qu’il était malade chez lui, souffrant de phlébite pour aller chercher ses enfants âgés de 6 et 8 ans à l’école devant tout le monde, pour les placer. Les enfants s’en souviennent encore, de la honte qu’ils ont eue ce jour là, alors qu’il y avait d’autres moyens d’agir et qu’il y avait des amis prêts à l’aider.
Les professionnels devraient entendre que les personnes peuvent changer, qu’elles ont le droit de participer aux mesures qui les concernent, le droit de prendre des décisions pour leur vie personnelle, le droit à la dignité.
Ils devraient nous laisser aller au bout de notre réflexion. Il y a un manque d’équilibre entre ce que chacun dit ; il y a deux mondes.

Lors de notre préparation, on s’est accordé pour dire que la Justice fait partie d’un système qui est en dehors de la réalité des gens. C’est un monde à part, une machine terrible et parfois inhumaine. La Justice fait peur surtout pour ceux qui sont issus de la misère, les « sans voix ».
La peur du Juge, des professionnels est toujours là. On a le sentiment de ne pas se faire entendre. Il faudrait éviter de se référer toujours au passé des gens parce qu’on a le droit de changer. C’est ce que veulent les familles : ne pas reproduire les échecs qu’elles ont connus et c’est en se parlant et en s’écoutant qu’on rendra les familles autonomes.
Ce qu’on veut, c’est d’être reconnu comme des citoyens qui s’impliquent dans la société.
Pour cela, il faut effacer l’image préconçue de nos milieux d’appartenance pour construire un dialogue et qu’on devienne partenaires et non ennemis. Dans une batterie électrique, il y a deux pôles, les deux sont nécessaires.
Il y a des avancées, il faut que l’on continue dans ce sens et surtout, ne pas reculer.


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