Conférence-débat : st Yves un modèle pour agir

samedi 5 mars 2016
  par  Fonds St-Yves
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Conférence tenue à Tréguier le 16 janvier 2016, à l’occasion de la parution aux éditions L’Harmattan de la traduction par Jean-Paul Le Guillou de l’enquête de canonisation de saint Yves sous le titre Saint Yves de Tréguier. Enquête canonique sur la vie et les miracles d’Yves Hélory de Kermartin qui fut instruite à Tréguier en l’an 1330.

Sommaire

  • Introduction, par Yves Le Guillou
  • Saint Yves, modèle du lettré, par Christiane Plessix-Buisset
    • Saint Yves sur les chemins du savoir
      • Yves Hélory à Paris – un élève prometteur
      • Yves Hélory à Orléans : un étudiant d’exception
    • Yves Hélory sur le chemin de la sainteté
      • Le praticien du droit – l’étape rennaise
      • L’exercice du sacerdoce - la règle de la parfaite raison
  • Saint Yves, modèle du juriste, par Yves Avril
    • L’enquête de canonisation
      • Les justiciables
      • Le défenseur des pauvres
      • Un défenseur spontané
      • L’objectif de l’intervention
      • Une méthode douce
    • Un modèle pour agir
      • Une meilleure connaissance de la déontologie
      • Chercher à promouvoir les modes alternatifs de règlement des litiges
      • Peser pour que de plus grands moyens soient donnés à la justice
      • Développer l’information juridique gratuite et l’écoute
      • Un intérêt plus grand pour les prisons
      • Un développement de l’œuvre des associations
  • Saint Yves, modèle du prêtre, par Guillaume Caous
    • La formation
      • L’ami des pauvres
      • Saint Yves à l’école de saint François
      • Saint Yves, le frère
      • Saint Yves, grand lecteur de la Parole
      • Saint Yves, le pénitent
    • Le ministre : prédicateur et défenseur de l’Église, homme de la communion
      • Le prédicateur
      • Saint Yves, le défenseur de l’Église
      • Saint Yves, l’homme des sacrements
  • Saint Yves, modèle de l’hospitalier, par Marie-Pierre Bodin
    • Définition du mot « hospitalier »
    • L’enquête de canonisation
      • Ses « hôtes »
      • Il leur offre le gîte
      • Il leur offre le couvert
      • Il les habille
      • Il partage tout ce qu’il possède
      • Il leur offre le respect et la dignité
    • Un modèle pour agir
      • Sur le plan personnel
      • Sur le plan collectif
      • Au plan national et international
  • Conclusion, par Yves le Guillou
  • Rapport des interventions du public

top Introduction

Par Yves Le Guillou, conservateur à la Bibliothèque nationale de France.

Je remercie maître Avril et le Fonds Saint-Yves d’avoir organisé la conférence d’aujourd’hui autour de l’enquête de canonisation de saint Yves et je suis très honoré de parler de mon saint patron à Tréguier, au pays où saint Yves a vécu, qui est aussi le pays de mes origines.

Je vais commencer par vous présenter l’enquête de canonisation puis j’introduirai rapidement les sujets qui seront abordés tout à l’heure.

L’enquête de canonisation est un ensemble de 243 témoignages recueillis en 1330 dans la ville de Tréguier par des envoyés du pape chargés d’enquêter sur la vie et les miracles du prêtre Yves Hélory de Kermartin, mort à Minihy-Tréguier en 1303. Le texte de l’enquête est divisé en deux parties : la première, qui rassemble 52 dépositions sur la vie de saint Yves, et la deuxième, qui rassemble 191 dépositions concernant 89 miracles dus à l’intercession de saint Yves.

L’enquête de canonisation de saint Yves est un texte fragile. Sous sa forme manuscrite, il n’existe qu’en un seul exemplaire conservé aujourd’hui à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc sous le numéro 10. Il s’agit d’une copie sous forme reliée du texte officiel présenté au pape sous forme de rouleaux, copie dont les pérégrinations sont encore mal connues. Dans son Histoire de saint Yves publiée en 1856, Sigismond Ropartz écrit que les procès-verbaux de l’enquête de canonisation étaient conservés dans deux endroits : l’une à Tréguier, dans les archives de la cathédrale, et l’autre à Paris, dans celles de l’église Saint-Yves. Il écrit aussi que ces documents auraient disparu pendant la Révolution française. Selon lui, les archives de la Congrégation des rites à Rome (aujourd’hui Congrégation pour les causes des saints) n’en conserveraient aucune copie, saint Yves ayant été canonisé à Avignon en 1347, durant une période particulièrement troublée de l’histoire de la papauté.
Pourtant, l’historien Arthur de La Borderie retrouve, en 1884, une copie complète de l’enquête à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc. Si l’on en croit les marques de provenance inscrites sur le manuscrit, ce dernier était entré en la possession d’un certain Vesenmeyer en 1813 avant d’être acheté par un libraire nommé Tross en 1859 qui lui-même vendit le manuscrit à un certain Louis Chédeau cette même année. C’est ce M. Chédeau qui revendit le document à la bibliothèque de Saint-Brieuc en 1860. Que se passa-t-il entre 1789 et 1813, date à laquelle ledit Vesenmeyer apposa sa signature sur le manuscrit ? D’où venait l’exemplaire acheté par Vesenmeyer, de Tréguier ou de Paris ? Seules des recherches approfondies sur la dispersion des archives pendant la Révolution nous permettraient peut-être de répondre à cette question.
Le texte latin de l’enquête a été édité en 1887 par les soins d’Arthur de La Borderie et imprimé par les éditions Prud’homme à Saint-Brieuc dans un ensemble intitulé Monuments originaux de l’histoire de saint Yves. Seulement 275 exemplaires ont été imprimés à l’époque, ce qui rend cette édition latine pratiquement introuvable aujourd’hui. Heureusement, quelques bibliothèques en avaient acheté un exemplaire au moment de sa parution. Mais s’il est difficile de trouver un exemplaire papier, on peut facilement consulter la version numérisée de ce texte dans Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.
La traduction en français du texte latin par mon père Jean-Paul Le Guillou, date de 1989. C’est la première traduction du texte intégral. Il s’agissait d’une commande de l’abbé Yves Thomas, curé de Tréguier, qui était un vieil ami de mon père. Là encore, seulement quelques centaines d’exemplaires (sans doute moins de 400) ont été imprimés sur les fonds de la paroisse. Cette traduction en français est aujourd’hui encore plus difficile à trouver que l’édition latine car aucune bibliothèque n’en possède d’exemplaire, à l’exception de celle de Saint-Brieuc. En 2003, la paroisse de Tréguier a financé un retirage du texte de 1989, aussi difficile à trouver que le premier.
Il n’était pas concevable qu’un texte au contenu si riche restât introuvable. C’est pourquoi, à la fin de l’année 2013, alors que mon père entrait dans sa 95e année, je décidai d’entreprendre une nouvelle édition de sa traduction de l’enquête. J’avais pour but de trouver une vraie maison d’édition qui permettrait une bonne diffusion du texte par le circuit commercial officiel.

Pourquoi vouloir rééditer ce texte ? Qu’est-ce qui fait la richesse de l’enquête de canonisation de saint Yves ?
On pense d’abord à sa valeur comme document historique. C’est en effet la seule source à laquelle les historiens ont pu puiser pour écrire l’histoire de saint Yves, ce dernier n’ayant pas laissé de trace écrite si ce n’est son testament en latin dont on peut lire une copie dans l’église de Minihy-Tréguier. C’est aussi un témoignage exceptionnel sur la vie du peuple au Moyen Age. Les enquêteurs ont recueilli 243 dépositions émanant de 150 témoins de toutes conditions sociales mais dont beaucoup étaient très modestes. Et c’est extrêmement rare d’entendre des gens des 13e et 14e siècles parler ainsi de leur quotidien.
Mais ce qui marque avant tout ce texte, c’est sa dimension spirituelle. Il a été écrit au terme d’une enquête canonique visant à mettre en relief la vie héroïque d’un prêtre breton. Ce texte est le témoignage puissant de la vie d’un grand ascète pétri de l’amour de Dieu et qui a tout donné aux pauvres. Bien que savant, doctus in utroque jure (savant dans les deux droits, le canonique et le civil), saint Yves a toujours été d’une grande humilité ; bien que juge et avocat, il a toujours cherché à éviter les procès et s’est employé avant tout à ramener la paix dans les cœurs ; bien qu’il s’épuisât à prêcher l’Evangile, il se considérait comme le plus misérable des serviteurs du Christ (servus Christi vilissimus, comme il se décrit lui-même dans son testament).
Ce texte d’enquête au formalisme rébarbatif est en réalité constitué d’une grande densité spirituelle. Il méritait d’être diffusé le plus largement possible et de tomber entre toutes les mains.
J’orientai donc mes efforts dans cette direction : la dimension spirituelle du texte. C’est pourquoi je sollicitai l’évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, Mgr Denis Moutel, et le Fonds Saint-Yves en la personne de son président M. Patrice Delcourt et d’un ses membres, maître Yves Avril, en leur demandant s’ils accepteraient d’écrire des textes liminaires qui viendraient enrichir la traduction de mon père, ce qu’ils ont accepté de faire bien volontiers et ce dont je les remercie vivement.
La nouvelle édition de la traduction, qui est en fait la première édition au sens juridique du terme, a paru fin juillet 2015 aux éditions de L’Harmattan, dans la collection Religions et spiritualité (je remercie au passage M. Gilles-Marie Moreau, le directeur de la collection, qui regrette de n’avoir pas pu se déplacer à cette conférence, et qui a accepté très rapidement de publier le texte deux jours seulement après que je le lui eus envoyé). Aujourd’hui le texte a commencé à se propager. Il est entré sur les rayonnages de la Bibliothèque nationale de France par le biais du dépôt légal. Si les bibliothèques françaises ne l’ont pas encore inscrit à leurs catalogues, ce que je regrette, il figure déjà dans les catalogues de grandes bibliothèques étrangères comme celui de la bibliothèque de l’université d’Harvard aux États-Unis, de la New York Public Library et de la bibliothèque de l’université de Sherbroocke au Canada.
Ne doutons pas de la diffusion du message de saint Yves. Dans un article intitulé « Le Christ a pleuré trois fois » paru le 2 janvier dernier dans le quotidien catholique La Croix, Pierre-Yves Le Priol, qui traitait du don des larmes, évoquait l’exemple de saint Yves en citant l’enquête de canonisation.

Durant la conférence d’aujourd’hui, nous aborderons quatre aspects de la figure de saint Yves. Madame le professeur Christiane Plessix commencera en évoquant saint Yves comme modèle du lettré ; maître Yves Avril nous dira ensuite en quoi saint Yves peut inspirer le juriste et l’action de la justice aujourd’hui ; puis le père Guillaume Caous explorera la figure du prêtre chez saint Yves et, enfin, madame Marie-Pierre Bodin nous aidera à réfléchir sur l’accueil des pauvres dans notre société à la lumière du témoignage de saint Yves.
Nous avons beaucoup réfléchi à l’ordre de l’enchaînement des interventions et nous nous sommes laissés guider par la figure du pauvre en suivant le dépouillement progressif de saint Yves jusqu’à la pauvreté la plus radicale. On pourrait dire que le lettré, le juriste ou le prêtre sont des facettes de la figure de saint Yves qui s’emboîtent les unes dans les autres, qui se succèdent chronologiquement dans la vie de saint Yves, mais qui se réalisent pleinement dans l’accueil inconditionnel des plus pauvres et dans l’abandon de tout à leur profit.

top Saint Yves, modèle du lettré

Par Christiane Plessix-Buisset, professeur émérite, doyen honoraire de la faculté de droit de l’Université de Rennes-1.

Monseigneur,
Monsieur le curé,
Monsieur le maire,
Madame et messieurs les bâtonniers et amis,
Mesdames et messieurs les responsables de cette belle institution du Fonds Saint Yves,
Chers amis,
Mesdames, messieurs,

C’est avec beaucoup de plaisir et d’émotion que je me trouve ce matin à Tréguier en votre compagnie pour évoquer la mémoire de Saint Yves, pour qui j’ai toujours eu, c’est vrai, une grande vénération. Cette rencontre répond fort bien à la vocation du Fonds Saint Yves qui est, entre autres, de connaître et faire connaître toujours mieux le Saint Patron des hommes de loi, et la nouvelle édition de l’enquête de canonisation atteint parfaitement cet objectif.

Je voudrais aussi remercier et féliciter M. Jean Paul Le Guillou par l’intermédiaire de son fils qui préside à cette tribune, pour le travail de traduction et de transcription en français du texte latin de l’enquête de canonisation dont la rigueur scientifique garantit la valeur documentaire.

Certes, le but de l’enquête était de réunir le maximum de preuves de la sainteté d’Yves Hélori, mais elle aboutit à un extraordinaire tableau de la richesse de vie et de personnalité du saint homme. C’est donc une excellente initiative de l’aborder sous plusieurs angles. La répartition des thèmes est fort opportune et je remercie particulièrement Yves Avril, ami de bien longue date, d’avoir pensé à moi pour étudier saint Yves le lettré ; on peut y ajouter saint Yves l’étudiant modèle, le futur saint Patron des étudiants bretons.

C’était un aspect que je ne connaissais guère et dont l’étude m’a beaucoup appris, mais je me suis rendu compte que je n’étais pas la mieux lotie quant aux renseignements que pouvait m’apporter l’enquête à ce sujet et j’y ai trouvé deux raisons :

  • une raison évidente qui tient à la pyramide des âges. L’enquête se déroule trente ans après la mort de saint Yves. Il était temps pour retrouver des témoins contemporains ayant connu Yves Hélori dans sa jeunesse ; son précepteur a 90 ans, les autres au minimum 50 ans.
  • une raison logique. L’enquête cherche avant tout à collecter des témoignages sur des faits miraculeux ; or ce n’est pas dans sa vie estudiantine que l’on peut trouver des faits de cette nature. Néanmoins l’ensemble est passionnant à lire minutieusement.

Les moindres détails peuvent donner lieu à de fructueux rapprochements. Ainsi trois extraits permettent de déterminer l’évolution du rapport d’Yves Hélori aux livres :

  • Noble homme Jean de Pestivien affirme que « Dom Yves fut un homme très savant et très cultivé [1] » ; qualificatifs justifiés par les vastes connaissances que nous le verrons acquérir dans son long cursus universitaire et par la fréquentation des bibliothèques.
  • En 1297 ; dans son testament Dom Yves lègue aux desservants de la chapelle de Kermartin les quelques biens qu’on pourrait trouver après sa mort et en particulier « quelques livres pour l’édification des âmes ».
  • Enfin lorsque l’abbé de Bégard vient le visiter, il le trouve presque à l’agonie, allongé sur un grabat sordide, ayant deux livres posés sous sa tête en guise d’oreiller [2].

Ces détails à eux seuls offrent des indices sur les orientations successives suivies par saint Yves le lettré, dans son extraordinaire parcours spirituel dont nous allons suivre les étapes.

Saint Yves sur les chemins du savoir

Les trente premières années de la vie d’Yves Hélory vont faire de lui un « homme très savant et très cultivé ». Dès son enfance il bénéficie des leçons d’un précepteur. Certes il n’y a là rien de surprenant. Yves Hélory appartient à la petite noblesse trégorroise. Son grand-père est dit « chevalier ». Son père, seigneur de Kermartin, a sans doute les moyens de financer les services d’un précepteur à domicile. Jean de Kerc’hoz est un homme de confiance, proche de la famille, de dix ans plus âgé que son élève ; il a assisté au mariage des parents d’Yves. Âgé de 90 ans lors de l’enquête où il est le premier témoin, il dit « avoir enseigné à Dom Yves ses premières lettres » [3]. Il va devenir son tuteur et son chaperon en le suivant de très près tout au long de ses études universitaires.
On peut tout de même se demander s’il était très courant qu’un jeune noble breton s’engageât dans des études universitaires aussi poussées. Jean de Kerc’hoz nous apprend qu’il y avait dans cette famille un secret qui remontait à une période antérieure à la naissance d’Yves. Sa mère (Azou) aurait eu un songe prémonitoire de la future sainteté de son fils. Elle en parlera plus tard au précepteur en présence même de son mari et de son fils. Ne peut-on imaginer alors que les parents d’Yves aient cherché à le préparer à cet avenir en lui assurant une instruction particulièrement solide ? Simple hypothèse impossible à vérifier. Toujours est-il qu’à 14 ans Yves part entreprendre des études à Paris.

Yves Hélory à Paris – un élève prometteur

Au Moyen Âge à Paris les maîtres-enseignants étaient regroupés en corporations dans les Facultés suivant quatre disciplines :

  • La Faculté de médecine (qui ne nous concerne pas ici) ;
  • La Faculté des Arts où on enseigne les humanités, la philosophie, la logique, la physique, les mathématiques, etc… ;
  • La Faculté de théologie ;
  • La Faculté de droit canonique dite Faculté du Décret.
    Chacune est habilitée à conférer des grades : La déterminance (determinatio) qui deviendra le baccalauréat ; la licence, la maîtrise et le doctorat.

Hervé Fichet de Pommerit-Jaudy, compatriote d’Yves et étudiant avec lui décrit son parcours :

« Je jure qu’il y a soixante ans environs que j’ai connu dom Yves à l’Université de Paris où dom Yves était d’abord étudiant en arts et bientôt après, je l’ai vu passer sa determinatio et par suite, je l’ai vu en ce même endroit de Paris assister au cours sur les Décrétales » [4].

Le témoin précise que lorsqu’il était aux Arts, il « débattait », c’est-à-dire qu’après l’abandon de la méthode de la glose (simples commentaires et annotations de textes), on appliquait la méthode scolastique où on discutait un texte à coup d’arguments contraires (questions) pour en faire une synthèse et formuler une solution.
Yves Hélory avait en effet pu s’exercer à la controverse car, à l’époque où il fréquentait la Faculté des Arts, de grands débats d’idées agitaient les milieux intellectuels. Le combat se livrait à l’époque pour la conquête de la liberté d’étudier et de commenter les œuvres d’Aristote, avec le but final d’édifier une philosophie indépendante de la théologie, où la raison pourrait parvenir à des vérités sans recourir à la seule révélation divine.
Après six ans d’études à la Faculté des Arts, determinatio en poche, Yves Hélory entre à la Faculté de théologie pour un cycle de trois ans : un an pour suivre les commentaires de la Bible, deux ans consacrés à l’étude des Sentences de Pierre Lombard ; sorte de compilation de tout le savoir théologique depuis les Pères de l’Eglise.
Dernière étape de ce cursus parisien : la Faculté du Décret. On y étudie l’ensemble du Corpus juris canonici (corpus de droit canonique) résultat d’une œuvre de compilation et de codification des règles et décisions rendues par les conciles (canons) et les souverains pontifes (décrétales). Tel est donc l’important bagage de connaissances acquises par Yves Hélory pendant la bonne dizaine d’années passées à Paris.
Une question peut se poser : Yves était-il un étudiant modèle ? A l’évidence, c’est un élève doué, sérieux, appliqué. Ses anciens camarades disent « qu’il avait bon caractère, il apprenait bien », « Ses mœurs étaient bonnes et honnêtes », « il entendait volontiers les messes et fréquentait les sermons ».
Son caractère, sa conduite justifieront parfaitement que beaucoup plus tard il devienne le Saint Patron des étudiants bretons. Il va d’ici là persévérer et poursuivre sa quête de savoir sur les rives de la Loire.

Yves Hélory à Orléans : un étudiant d’exception

Yves va compléter ses connaissances juridiques par l’étude du droit civil, c’est-à-dire du droit romain. Il choisit l’établissement le plus prestigieux à l’époque, où les enseignements sont spécialisés en droit civil : l’École ou Studium d’Orléans, celle dont on a pu dire qu’elle était la fille aînée de la célèbre université de Bologne. Bologne, en effet, avait été, au siècle précédent, le berceau de la renaissance du droit romain qui avait disparu depuis la chute de l’Empire romain d’occident et le passage des Barbares. Or vers 1060-1080 ont été retrouvés des manuscrits de la législation de l’Empereur Justinien (± 533-534), le Corpus juris civilis (Institutes, Digeste et Code). Des écoles comme à Bologne vont alors se créer pour étudier et enseigner ces textes romains du Bas-Empire suivant la méthode de la glose.
Quand Yves Hélory entre au Studium d’Orléans, il va bénéficier des cours des professeurs les plus renommés tels Jacques de Révigny, Guillaume de Belleperche, Pierre de la Chapelle, Guillaume de Blaye dont certains sont encore cités par ses camarades.
Les étudiants suivent les cours oraux, en latin bien sûr, les lecturae. On notera au passage que saint Yves est trilingue (breton, français, latin). Ils travaillent sur les notes de cours qu’ils prennent eux-mêmes, ou qui sont prises par des sortes de scribes professionnels : les rapporteurs. Les examens aboutissent là encore au baccalauréat (5 ans) ; puis la licence (5 ans) et au doctorat pour ceux qui souhaitent embrasser la carrière universitaire.

Le Studium a une réputation scientifique et un rayonnement géographique remarquable. À l’époque, on y vient de tout le royaume et même au-delà. Les étudiants sont nombreux (± 300). Ils occupent une place importante dans la ville, trop importante même aux yeux des habitants qui se plaignent des troubles que provoque cette jeunesse fort agitée. Il est vrai que les « écoliers », d’Orléans ont une solide réputation exprimée dans divers pamphlets et ballades tels que celui-ci :

« Comment plusieurs escoliers peu studient et font grande chère
Comment les mondains escoliers après la grande chère ne veulent estudier mais luxurier ».

Les archives judiciaires d’Orléans comportent de nombreux dossiers d’affaires criminelles graves (affaires de mœurs, violences, meurtres, etc…) et notamment des cas de véritables combats de rues entre bandes d’étudiants originaires de provinces rivales. On peut aisément imaginer que notre bon futur saint Yves était à mille lieues de cette vie dissolue. Ses camarades de chambre sont unanimes pour rappeler ses vertus. L’un d’eux affirme :

« Jamais il ne se disputait avec ses camarades, ni ne jurait sur Dieu ou ses saints, ou qu’il proférât quelque grossièreté [5]… et ajoute qu’il n’a jamais perçu en lui quoi que ce soit de contraire à la chasteté, d’où sa certitude qu’il vécut chaste et pur ».

Mais les témoignages de ces étudiants qui le côtoyaient quotidiennement à Orléans apportent d’autres renseignements essentiels montrant que Maître Yves s’oriente déjà manifestement vers une conduite d’ascèse :

« Il ne couche pas dans son lit mais par terre sur un peu de paille bien qu’il eût un bon lit dans sa chambre ».

Il renonce à « la part de viande qui lui était servie à table pour la donner toute entière aux pauvres ». Il refuse de boire du vin. Il jeûne tous les vendredis. Ainsi, après ce brillant cursus universitaire parisien puis orléanais Dom Yves était bien devenu ce lettré « très savant et très cultivé » dont parlait le sieur de Pestivien. Mais alors que va-t-il faire de ce savoir et de cette culture acquise ? En le suivant dans ses choix, on comprend déjà qu’il va quitter le domaine du savoir pour s’engager sur le chemin de la sainteté.

Yves Hélory sur le chemin de la sainteté

Yves n’est sans doute pas attiré par une carrière universitaire puisqu’il ne s’engage pas dans un doctorat. Par ailleurs, la Faculté d’Orléans ne formait pas de praticiens. Or, ce que veut Dom Yves, c’est appliquer les règles de droit qu’il a étudiées, c’est exercer la fonction d’homme de loi pour rendre la justice suivant son idéal d’équité, de concorde et de paix.

Le praticien du droit – l’étape rennaise

L’occasion de satisfaire sa vocation va lui être offerte lorsque l’archidiacre de Rennes l’appelle auprès de lui pour exercer la fonction d’official. Juge unique chargé du contentieux ecclésiastique, il dispose d’une double compétence : compétence ratione personae pour les affaires mettant en cause des ecclésiastiques bénéficiant du privilège du for et échappant à la justice laïque ; compétence ratione materiae pour tout ce qui touche de près ou de loin aux sacrements (sacrilège, ruptures de fiançailles, adultère, testaments, etc…). L’exercice par Yves de cette fonction d’official à Rennes présente un double aspect :

  • d’une part sa situation élevée dans la hiérarchie du clergé rennais lui fait bénéficier d’une vie publique confortable : vêtements de fonction somptueux : en beau drap épais bordés de fourrure.
  • mais en même temps sa vie privée confirme son engagement dans l’abstinence et la charité :
    • il refuse le confort que lui offre l’archidiacre
    • il invite les pauvres à sa table à certains jours de fêtes leur servant un bon repas alors que lui se réserve du pain grossier, des légumes et de l’eau.
    • il aide financièrement les étudiants originaires du Trégor.

Par ailleurs, l’exercice de sa charge lui laisse suffisamment de temps pour aller écouter au couvent des Franciscains les leçons de théologie destinées aux novices de l’ordre et les conférences ouvertes aux auditeurs libres dans les domaines de la philosophie, du droit canonique, de la théologie et des Saintes Ecritures. Or la fréquentation du studium des Frères mineurs va lui apporter non pas une simple satisfaction intellectuelle mais la révélation spirituelle d’une autre lecture de la foi, réorientant définitivement toute son existence.

« J’étais l’official de l’archidiacre de Rennes et j’entendais commenter le quatrième livre des Sentences (de Pierre Lombard) et parler sur la Bible dans la maison des Frères mineurs. Les divines paroles que j’entendais m’ont amené à mépriser le monde et à rechercher les choses du ciel ».

Ce sont là les paroles même de saint Yves rapportées plus tard dans l’extraordinaire témoignage de Guiomar Maurel [6], lui-même Frère mineur du couvent de Guingamp, hébergé pendant sa convalescence au manoir de Kermartin.

Celui-ci avait obtenu, difficilement selon lui, des confidences de l’official :

« J’ai demandé en secret à Dom Yves de me dire ce qui l’avait conduit à vivre comme cela d’une façon rigoureuse et sainte » et d’ajouter : « Il eut beaucoup de mal à me répondre »

.

Néanmoins Saint Yves lui répond avec netteté et concision, par une démonstration rigoureuse digne d’un juriste, révélant le long combat que se livraient en lui deux tendances rivales : la raison et la sensualité. « Et je suis resté ainsi, dit-il, à combattre pendant huit années ; c’est la neuvième année que ma raison a gagné sur ma sensualité et je me suis mis à prêcher dans mes bons habits ». « C’est-à-dire ses habits d’official auxquels il n’est pas encore prêt à renoncer ».

Il faudra une année encore pour que la victoire soit totale :

« Mais la dixième année, je me suis réglé sur la parfaite raison ; j’ai pour l’amour de Dieu donné mes bons habits ».

Il adopte alors des habits d’une grande simplicité tels que ceux qu’on lui connaîtra jusqu’à sa mort : cotte avec manches longues et amples sans boutons et surcot, assez longs… d’une grossière étoffe blanche appelée « burell », des habits, selon lui convenables pour « ramener les brebis du Seigneur à l’Amour du Christ » [7].

Ainsi donc son combat est gagné, son choix est fait. Ce sont là les termes même de sa mission qu’il accomplira jusqu’à sa mort.

L’exercice du sacerdoce - la règle de la parfaite raison
a. Le retour en Trégor

Dom Yves se pose en berger qui doit œuvrer au plus près de ses brebis. Tout, dans ses décisions, montre son souci d’exercer son action d’évangélisation en pays de Tréguier :

  • Il est ordonné prêtre dans la cathédrale de Tréguier sans doute en 1283.
  • Il accepte de devenir l’official de l’évêque de Tréguier par souci d’œuvrer à la bonne administration de la justice d’Eglise, une justice prompte et équitable inspirée par la miséricorde.
  • Il manifeste son humilité en acceptant successivement la charge de recteur des deux modestes paroisses de Trédrez et Louannec.
b. L’évangélisation par l’exemple

L’exemple personnel de sa vie.

On va retrouver désormais dans la vie de Dom Yves tous les éléments de la « parfaite raison » à laquelle il s’est ralliée. Ce sont là des aspects unanimement et systématiquement décrits par les témoins. Ce sont aussi ceux qui ont traversé les siècles pour former l’image de saint Yves que retiendra la tradition populaire. Il est parvenu en effet à un degré extrême d’ascèse, de renoncement par le jeûne permanent. À l’imitation du Christ en souffrance il porte un cilice contenant une colonie de poux qu’il tient à conserver. Tous ceux qui l’ont approché au quotidien savent qu’il dort sur une mince couche de paille, renonçant même à la maigre couverture sensée le protéger. Il pratique une charité active et sans limite se dépouillant de l’indispensable au profit des plus pauvres, des plus vulnérables, ceux auxquelles il porte le plus grand intérêt.

L’exemple diffusé par la prédication

Dans ses confidences au Frère Guiomar Maurel, Dom Yves évoque une étape importante de son long cheminement spirituel : « Je me suis mis à prêcher avec mes bons habits ». Il révèle ainsi que, pour lui, la transmission de la parole divine par la prédication est le moyen déterminant de ramener les brebis du Seigneur à l’amour du Christ. Il va donc exercer jusqu’à sa mort une activité de prédication quasi forcenée à travers la campagne, bien au-delà du diocèse, au hasard des occasions et des rencontres, devant des foules passionnées et enthousiastes [8].

Aucune trace écrite des prêches des Saint Yves n’a subsisté, mais il semble évident que sa source d’inspiration se trouve dans les livres. On ne saurait en être surpris ; il est et reste un intellectuel. Le jeune étudiant trilingue, le lettré cultivé qu’il a été, va rester jusqu’à sa mort un passionné de lecture et d’étude. Les témoignages le montrent lecteur assidu : le jour, lisant son bréviaire en marchant, la nuit, épuisé de fatigue, retrouvé endormi penché sur sa Bible.

Le Frère Guillaume Roland, religieux de l’ordre mineur de Guingamp donne dans sa déposition, un détail très révélateur :

« Il couchait par terre, avec sous lui un peu de paille ; en guise d’oreiller il avait sous sa tête son livre des Décrets et une planche [9]. »

Ainsi, depuis ses lointaines années de cours de droit canonique suivis à l’Université de Paris, ce livre ne l’avait pas quitté ! Il est vrai qu’il en avait un usage quotidien dans ses fonctions d’official.

Une brève disposition faite à la même époque dans son testament rédigé en 1293, révèle encore le rôle qu’il assigne aux livres dans l’exercice de son sacerdoce :

« Si l’on trouve quelque bien après ma mort, ce que je n’escompte guère, à part quelques livres pour l’édification des âmes, je les lègue à la chapelle (de Kermartin) et à ses desservants »

.

Nul ne sait si le livre des Décrets figurait parmi les quelques ouvrages retrouvés à la mort de Saint Yves, mais cette « édification des âmes » l’obligeait à recourir aussi à une littérature moins savante. Les œuvres toutes pleines des règles édictées par l’Empire romain christianisé ou par les pontifes, toutes pleines de savantes controverses qu’il avait jadis brillamment maîtrisées auraient été totalement inaccessibles à ses chers paroissiens du Trégor. C’est donc dans les Vies des Saints qu’il va puiser les exemples les plus parlants pour son auditoire, exemples qu’il va commencer par s’appliquer à lui-même comme le décrit son ancien domestique :
« Quand je demeurais avec Yves, il lisait la Vie des Saints et quand dans la vie de quelque saint il trouvait un trait de vertu et de perfection, il s’appliquait à l’imiter dans la mesure où il le pouvait. Ainsi Saint Martin dans sa générosité à l’égard des pauvres et Saint Augustin dans sa charité et sa perfection, et de même les autres saints [10] ».

On sait même qu’il avait composé une sorte de recueil sous le titre « Fleurs de Saints » se référant à la vie de nombreux saints parmi les plus proches et les plus modestes.

Enfin il convient de revenir, pour terminer ces propos, sur le détail évoqué en introduction, donné par des témoins venus visiter saint Yves à la veille de sa mort. Ils le décrivent « revêtu de sa tunique, enveloppé dans sa vieille et pauvre couverture, allongé sur une mince couche de paille. Sous sa tête, en guise d’oreiller, deux livres étaient disposés ». Il est aisé d’imaginer que les titres en étaient le Livre des Décrets et la Vie des Saints !…

top Saint Yves, le modèle du juriste

Par maître Yves Avril, ancien bâtonnier du barreau de Saint-Brieuc

Il faut d’abord dire en quelques mots ce que l’on entend du juriste. Le juriste est une personne qui étudie, développe, pratique ou applique le droit. S’il en fait son métier il est conseiller juridique, avocat ou juge. On n’évoquera pas ici la personne qui enseigne le droit. On pensera essentiellement au juge et à l’avocat.

L’enquête de canonisation

Les justiciables

Il n’y avait pas, à l’époque, une incompatibilité entre l’état de prêtre et d’avocat sous réserve que le prêtre-avocat plaidât pour les pauvres, c’est-à-dire gratuitement.
De façon répétitive, les personnes pour lesquelles Saint Yves intervient sont définies : il s’agit des pauvres, des mineurs, des veuves, des orphelins et des personnes malheureuses (miserabiles personae). Ces qualifications se retrouvent dans les témoignages (1, 2, 3, 4, 6, 7, 14, 16, 20, 21, 30, 33, 34), soit treize témoignages.

Le défenseur des pauvres

Avec une prédilection parfois précisée (témoin 8) pour les pauvres, saint Yves manifeste son action. Est-il pour autant partisan, c’est-à-dire, a-t-il un préjugé contre les riches ? Il faut ici s’arrêter quelques secondes sur la parole des Évangiles :

« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Mc 10, 25).

Toutefois saint Yves, nous précise l’enquête, ne faisait pas la différence entre les personnes (témoins 1, 6 et 7). Le premier témoin le connaissait particulièrement. Il s’agit de Jean de Kerc’hoz, de Pleubian, son précepteur, son mentor, puis son confrère quand ils furent tous les deux revenus au diocèse de Tréguier pratiquer le droit et la justice.
Ainsi saint Yves n’hésite pas à défendre un aristocrate, mais il est vrai que celui-ci est pauvre. Il s’agissait d’un procès contre l’abbaye du Relecq, fille de l’abbaye de Bégard et située dans la paroisse de Plounéour-Menez (témoins 30 et 31). Encore est-il précisé que le saint, avant d’accepter la cause, a vérifié qu’elle était juste.

Un défenseur spontané

Le saint allait vers ceux qui n’avaient pas les moyens de se défendre. C’est en ce sens qu’un témoin précise qu’il soutenait plus facilement les pauvres que les riches (témoin 37). Les riches avaient les moyens de se passer de ses services.
En revanche les pauvres, les miserabiles personae, étaient désemparés. Ils ne connaissaient ni le droit ni la justice, ne savaient où s’adresser et en toute hypothèse n’avaient pas les moyens de soutenir un procès. Dans ces conditions saint Yves n’hésitait pas à proposer spontanément son concours sans être sollicité (témoins 1, 2, 3, 14, 16). Il intervenait alors gratuitement (témoins 1, 2, 3, 14, 16).

L’objectif de l’intervention

À la différence d’une intervention classique, saint Yves n’avait pas pour objectif essentiel de mettre un terme à un litige, de faire que la justice « tranche  », faisant souvent un révolté ou un aigri au terme du procès quand ce n’était pas l’ensemble des parties qui se trouvaient dans ces dispositions après la sentence.
Il avait aussi pour objectif une justice rapide (témoins 6 et 7), mais ses ambitions sont plus grandes. L’objectif de son intervention était de ramener la paix (Restaurator pacis, témoins 1 et 4).
Il voulait ramener la paix et la concorde, engageait les parties à se réconcilier (témoins 8, 18, 20, 37). Ce mot de concorde mérite une explication ; au sens étymologique il signifie « avec le cœur ». Il est voisin étymologiquement du mot « miséricorde ». L’avocat et le juge se fixent alors une ambition particulière : faire que les plaideurs retrouvent la fraternité.
On voit même le saint trouver une méthode originale pour parvenir à pacifier le conflit. Voyant comparaître deux parties inconciliables, le saint commence par les inviter à assister à la messe qu’il célèbre. Alors les cœurs s’attendrissent. Les parties demandent au saint de trancher le litige comme le ferait un arbitre, un « amiable compositeur ». Elles témoignent qu’elles se sont trouvées bien de cet arbitrage (témoins 12, 13).

Une méthode douce

Saint Yves procède avec patience et douceur, avec une restriction lorsqu’il entendait dire que l’on machinait quelque injustice contre son prochain (témoin 3). En revanche dans un procès de rupture de fiançailles, l’auteur de la rupture le traite de coquin et de truand. Il le laisse dire et sourit avec indulgence (témoin 19).
En lisant l’enquête de canonisation se vérifie la parole des Béatitudes : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5,6). Se vérifie aussi cette parole de l’Ancien Testament : « Celui qui poursuit la justice et la bonté trouve la vie, la justice et la gloire » (Pr 21, 21).
La gloire et la vie de saint Yves doivent inspirer le juriste d’aujourd’hui, c’est-à-dire être un modèle pour agir.

Un modèle pour agir

Une meilleure connaissance de la déontologie

Avocat et magistrat n’ont pas de code de déontologie. En revanche ils ont un corpus d’obligations déontologiques et prêtent serment. Rappelons ici les termes du serment de l’avocat : « Je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ».
La pratique de la profession consiste à connaître de façon approfondie ces obligations, à connotation souvent morale, pour mieux les pratiquer ensuite.
Ainsi, comme l’ont fait les magistrats pour les décisions disciplinaires, on essaiera de mettre en ligne, de façon anonymisée, les décisions des conseils de discipline des avocats. Cela montrera l’exemplarité des condamnations et la transparence de la discipline.

Chercher à promouvoir les modes alternatifs de règlement des litiges

Ces modes alternatifs, lorsqu’ils sont employés, ramènent davantage la concorde et la paix qu’une justice qui tranche.

a) la médiation

C’est le mode qui connaît la plus grande vogue. Des rencontres sur ce thème sont fréquentes : le colloque de la Saint Yves du barreau de Saint-Brieuc en 2014 et la rencontre du Fonds Saint Yves à Tréguier le 14 novembre 2015 en sont des exemples.
En matière civile la médiation a reçu ses lettres de noblesse par un décret du 22 juillet 1996 (articles 131-1 à 131-15 du Code de Procédure civile). La médiation se décline aussi comme suit :

  • médiation familiale (loi du 8 février 1995) ;
  • médiation pénale (loi du 4 janvier 1993).

Si l’on veut un exemple récent et propre à la profession d’avocat, on citera la désignation d’un médiateur national de la profession qui doit intervenir lors de l’assemblée générale du conseil national des barreaux des 22 et 23 janvier 2016 (en application du nouvel article 152, alinéa 1, du Code de la consommation créé par l’ordonnance du 20 août 2015).

b) le droit collaboratif et la procédure participative

Ils sont entrés dans le droit positif par une loi du 22 décembre 2010 (article 2062 à 2067 du Code civil ; articles 1542 à 1567 du Code de Procédure civile).
Ces modes alternatifs sont bien dans l’esprit de l’enquête de canonisation. En se réappropriant leurs difficultés et la solution d’un litige, les justiciables parviennent à un rapprochement générateur d’une paix supérieure à la décision de justice. Pourraient améliorer le développement des modes alternatifs :

  • une meilleure sensibilisation des magistrats et des avocats.
  • une meilleure formation des magistrats et surtout des avocats.
  • une meilleure formation des médiateurs.
  • une conversion des cœurs…
Peser pour que de plus grands moyens soient donnés à la justice

Partir de chiffres pour rendre objectives les données d’une discussion. Dans les systèmes judiciaires européens, sur 45 pays, la France arrive au 18e rang pour le budget de l’aide juridictionnelle. Elle arrive à l’avant-dernier rang si l’on rapporte le budget judiciaire au nombre d’habitants. Seule la Pologne fait moins bien. Les Pays-Bas dépensent le double. Le nombre de juges professionnels (hors procureurs) est faible, 9,1 pour 100.000 habitants. Pour les procureurs il est plus alarmant, 3 pour mille habitants.

Développer l’information juridique gratuite et l’écoute

Un bon maillage du territoire est à envisager pour ceux qui peinent à se déplacer, mais aussi une fréquence plus grande des rencontres offertes. Là aussi les structures institutionnelles sont insuffisantes fautes de crédits, quoique l’on se doive de souligner les efforts effectués par le Barreau de Saint-Brieuc.

Un intérêt plus grand pour les prisons

On peut citer l’association qui, à Saint-Brieuc, à cinquante mètres de la Maison d’arrêt reçoit les familles des détenus, prépare des colis pour habiller ceux qui arrivent dans un état déplorable. Le barreau de Saint-Brieuc subventionne cette association, dont l’activité est régulièrement remise en cause faute de crédits.

Un développement de l’œuvre des associations

L’Etat-providence paraît à bout de souffle. Départements, communes peinent à maintenir leur budget en équilibre. En même temps de nouvelles possibilités sont offertes par le législateur. A titre d’exemple le fonds de dotation, créé par une loi du 4 août 2008, précisée par une loi du 31 juillet 2014 et un décret du 22 janvier 2015. Il ne peut obtenir de subventions publiques.

top Saint Yves, modèle du prêtre

Par le père Guillaume Caous, curé de Tréguier.

Saint Yves a vécu au treizième siècle, période florissante pour l’Église : les franciscains et les dominicains renouvellent la vocation missionnaire de l’Église, tandis que la papauté doit s’affirmer face à l’Empire. La théologie trouve ses appuis philosophiques et sa rationalisation grâce à l’aristotélisme systématisé par Thomas d’Aquin et Albert Le Grand. De cette grande histoire, il n’y a pas de traces dans le procès de saint Yves. Néanmoins, tout y est intégré, incarné dans la vie du patron trégorrois.
Ces trois dimensions du sacerdoce de saint Yves vont donc être reprises, pour illustrer aussi comment saint Yves peut être modèle pour une spiritualité contemporaine. Étrangeté : on ne sait pas quand saint Yves a été ordonné il semblerait qu’il naquît pour être prêtre.

La formation

L’ami des pauvres

Saint Yves a grandi dans une famille aisée ; ses fréquentations nous disent aussi qu’il avait un certain nombre d’entrées dans le monde. Le concile Vatican II et les prises de position répétées de notre pape François rappellent l’amour préférentiel pour les pauvres de l’Église. Dès les débuts de l’Église, les pauvres ont été considérés comme visages du Christ qui s’est fait pauvre pour nous. Saint Laurent disait que c’était le trésor de l’Église. L’Église a commencé comme un peuple de petits. Si le Christ est mort pour tous, saint Yves aurait pu ne pas épouser cette pauvreté, mais à l’école de saint François, il s’est consacré lui-même à une vie de pauvreté pour être plus proche des pauvres, des malades (qui vivent une forme de pauvreté) et les faire profiter de ses biens ; témoignage de vie d’une grande actualité où l’on peut lire déjà le principe de discrimination positive de la théorie moderne de la justice, où certaines inégalités sont justifiées lorsqu’elles permettent d’améliorer la situation des plus désavantagés au nom de l’équité.

Saint Yves à l’école de saint François

Le témoin 29 rapporte la conversion de saint Yves chez les frères mineurs de Rennes, qui s’inscrit dans l’itinéraire des grandes conversions de la Bible. Cette vision de toutes les choses créées comme dons gratuits est l’un des fondements de la pauvreté franciscaine. Yves refusait de s’approprier pour soi seul ce qui appartient à tous. Au désir et à la possession qui accaparent les biens pour le bénéfice d’un seul, il substituait l’admiration qui laisse intact ce qu’elle atteint. Il avait une spiritualité de fils de Roi se réjouissant de la grandeur et des richesses de son Père : « Tous les biens, rendons-les au Seigneur Dieu qui seul est bon ! » La pauvreté franciscaine est fondée d’abord sur l’imitation du Christ pauvre, et c’est précisément cette attitude du Christ auquel tous les biens créés ont été donnés et qui fait retour de toute chose à son Père que saint Yves a voulu imiter à la suite de François. De nombreux témoins montrent que saint Yves ne gardait pas pour lui ce qu’il avait, même quand cela lui était dérobé, car il savait sa richesse : « Ces gens-là en avaient besoin plus que moi car je suis plus riche qu’eux » (témoin 22).

Saint Yves, le frère

Yves a beaucoup accueilli à Kermartin. Il a aussi accueilli et partagé sa vie avec d’autres, clercs ou laïcs. Cette fraternité toute franciscaine est permise par une époque où les cadres sont moins rigides ; les témoignages sont nombreux de ceux qui ont dormi dans son lit (témoin 24) tandis qu’il dormait par terre. Pantonada témoigne des 11 ans passés à Kermartin avec ses 4 enfants (témoin 40).

Saint Yves, grand lecteur de la Parole

Saint Yves portait continuellement sur lui la Bible (témoin 20) ; il puisait beaucoup aussi dans la vie des saints ; il avait une grande dévotion à saint Martin, à saint Augustin et à saint Tugdual. Saint Yves étudiait beaucoup, ayant même un livre pour oreiller le plus souvent, et il n’est pas étonnant que sa précieuse relique soit son chef. Il a certainement connu saint Bonaventure à Paris ; ses camarades disent qu’il fut un étudiant assidu.
Saint Yves puisait aussi dans la prière et dans la lecture de la Bible la source de son inspiration. Notamment, il passait de longues heures en prière la nuit et pouvait passer plusieurs heures par jour enfermé dans sa chambre, en extase. Un jour, alors qu’il était reclus depuis une semaine complète, on était allé chercher son beau-frère pour voir s’il était mort ou vivant ; saint Yves l’avait alors vertement reçu, lui reprochant de le tirer de son extase. L’hyperactivité de saint Yves puisait son énergie dans la contemplation (témoignage d’Amicia n° 41).

Saint Yves, le pénitent

Dimension oubliée du christianisme moderne, qui conjugue effort sur soi et retour à Dieu au sens où Dieu nous retourne vers lui (témoin 14). Son témoignage de vie a entraîné de nombreuses conversions, notamment dans son apostolat de confesseur (témoin 14), jusqu’au bout (témoin 52). Ce caractère modélisant du pasteur est souvent rappelé. Saint Yves illustre parfaitement la doctrine catholique selon laquelle la sainteté du ministre n’ajoute rien à la sainteté du signe, puisque c’est le Christ lui-même qui baptise, qui confesse etc., mais cette sainteté facilite le fruit spirituel tiré de la réception du sacrement.

Le ministre : prédicateur et défenseur de l’Église, homme de la communion

Le prédicateur

On ne garde aucune des homélies de saint Yves, même si l’on en connaît les sujets de prédilection : chasteté et vertu (témoin 43). Celles-ci, cependant, touchaient le peuple et on sait qu’il lui arriva de prêcher jusqu’à sept fois dans une journée : ce jour-là il s’effondra, évanoui, dans les bras de l’un de ses confrères, à la fin de sa prédication. Il prêchait partout : sur les chemins, dans les églises, chez les gens. On sait qu’un jour il était en train de prêcher à un carrefour où la foule s’était massée pour l’écouter. Passa à cheval, un seigneur qui menait joyeuse vie. Le seigneur, bien sûr, ne daigna pas s’arrêter pour écouter la bonne Parole ; mais saint Yves l’apostropha dans des termes relativement violents, qui gagnèrent néanmoins ce hobereau jusqu’à obtenir sa conversion. La Parole de Dom Yves est efficace et performante ; « ils devinrent deux fois meilleurs qu’auparavant » (témoin 43).
Saint Yves accompagne souvent son évêque qui ne prêche pas en breton. En effet Mgr Geoffroy Tournemine, qui devient évêque en 1296, après Mgr de Bruc, était d’une famille de bonne noblesse briochine, mais Saint-Brieuc n’est pas pays bretonnant. C’est donc saint Yves qui va prêcher en breton. Et puis il prêche bien au-delà du secteur du Trégor : il a prêché à Rennes, il va prêcher à Quimper, il prêche en Cornouailles, il prêche dans le Léon, il prêche à Saint Brieuc bien sûr, donc même s’il reste prêcher en Bretagne, il prêche au-delà de son propre diocèse ; il devait donc parler plusieurs langues (modèle d’ouverture).
Un témoin dit : « Dom Yves prêchait avec un charme extrême la parole de Dieu au clergé et au peuple  ». Un autre dit : « Il était si agréable au peuple dans ses prédications que lorsqu’il l’avait entendu et qu’il comprenait qu’il allait prêcher ailleurs, une grande partie de ses auditeurs le suivait pour l’entendre encore… Pour un seul qui allait écouter les sermons d’un autre, fût-il évêque, ils étaient vingt ou trente environ au sermon de Dom Yves ».

Saint Yves, le défenseur de l’Église

On ne sait pas très bien quand saint Yves a été ordonné. Jusqu’ici, on pensait qu’il avait été ordonné après quelques années d’exercices du métier d’official, à Tréguier par Alain de Bruc. On pense cependant qu’il a été ordonné à Rennes parce qu’il semble difficile qu’il ait pu exercer les fonctions de juge de l’évêque, donc au nom de l’Église, sans être prêtre lui-même.
En 1285, Alain de Bruc, évêque de Tréguier, lui confie la paroisse de Trédrez. Cette paroisse est un peu loin d’ailleurs et il s’y fait souvent remplacer par son vicaire pour pouvoir exercer sa charge d’official et pour s’occuper davantage des pauvres. On sait qu’il parcourait le pays en tous sens, beaucoup la nuit, étant très occupé durant la journée. Cette mobilité permet aussi de trouver un certain sens à la mobilité qui est celle du clergé aujourd’hui non seulement dans le diocèse de Saint-Brieuc, mais aussi dans différentes missions qui ne le cantonnent pas forcément à sa paroisse. En 1292, il devient recteur de Louannec, beaucoup plus proche de Tréguier. C’est à ce moment-là qu’il se démet de ses fonctions d’official. Darien, témoin 47, rappelle l’épisode du cheval de l’évêque soulignant l’attachement de saint Yves à l’Église institutionnelle. Sans doute, la naissance au Minihy (soustrait à la juridiction civile) n’y est pas pour rien. Cette défense des droits de l’Église fait de saint Yves un témoin de la liberté religieuse.

Saint Yves, l’homme des sacrements

Le prêtre de l’Eucharistie

Le Christ est au centre de la vie saint Yves : c’est lui qu’il porte sur son cœur dans la petite boîte d’argent dont parlent les témoins. Ce sacerdoce ministériel de saint Yves, qui le fait passer du côté du Christ lui permet de faire passer en Dieu les fidèles qu’il sanctifie dans les sacrements et la prédication. Cette communion devient parfaite dans l’Eucharistie, sacerdoce auquel il fait participer le plus grand nombre. Ses extases fréquentes saisissent les personnes présentes : nous sommes faits pour la communion avec Dieu, toute sa vie semble le rappeler et son sacerdoce y fait participer. Le sacerdoce du Christ s’est réalisé de façon paradoxale, si le sacerdoce doit être compris comme une mise à part, au moyen d’une complète solidarité avec les hommes pécheurs et d’un abaissement jusqu’au niveau des criminels condamnés à mort, pour les sauver selon la volonté de Dieu. Fondé au contraire sur un acte de solidarité, le sacerdoce du Christ est pleinement ouvert à la participation. Unis au Christ grand prêtre, tous les chrétiens sont prêtres avec lui. Par son offrande sacerdotale, le Christ leur a ouvert le chemin jusqu’à Dieu : il est lui-même le chemin. Dans le sacerdoce chrétien, il s’agit d’entrer avec le Christ dans l’intimité même de Dieu. Saint Yves illustre parfaitement cette intimité avec Dieu dans le Christ : il est tout entier donné, en témoignent ses prosternations, son cœur tout tourné vers Dieu dans la prière. Tous les chrétiens ont également le privilège sacerdotal d’offrir des sacrifices en union avec le sacrifice du Christ : saint Paul invite les chrétiens à « offrir leurs corps comme sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Rm 12,1), c’est-à-dire à mettre toutes leurs forces à la disposition de Dieu pour le service de son amour dans le monde. Le feu qui doit, non pas consumer, mais bien plutôt animer cette offrande est évidemment le feu de l’Esprit Saint, le feu de la charité divine. Saint Yves a beaucoup prié l’Esprit Saint ; célébrant souvent la messe votive pour faire obtenir cet Esprit de justice et de paix. Grâce au ministère sacerdotal, les chrétiens peuvent obtenir cet Esprit Saint. Ce feu ne peut leur venir que par la médiation du Christ, et celle-ci se rend présente dans le ministère presbytéral. Saint Yves célébrait fréquemment la messe du Saint Esprit : les fruits de ces eucharisties dans le cœur des plaideurs sont rapportés à plusieurs reprises. Pour exercer leur sacerdoce baptismal, les chrétiens ont absolument besoin de la médiation du Christ ; pour pouvoir être accueillie, cette médiation doit se manifester. Elle se manifeste dans le don du sacerdoce que saint Yves a reçu. Sacerdoce dont il a fait bénéficier tous ceux qui s’approchaient de lui. Il n’était pas avare de célébrations et toujours en quête d’une âme à sauver.

Un ministère de communion

Comme tout prêtre, saint Yves dispense les dons reçus. La créature est une œuvre d’amour qui provient de la générosité de Dieu qui est toute bonté. Là encore, l’enseignement franciscain, bienveillant et optimiste, nous éclaire : Dieu le Père qui communique éternellement sa divinité dans la génération du Fils et la procession de l’Esprit est lui-même l’origine absolue de toutes les choses qu’il veut réaliser dans le même acte d’amour qui le porte vers les deux autres Personnes divines. Saint Yves se reçoit de Dieu, comme créature, mais aussi comme fils et comme prêtre. En cette année de la miséricorde, sa porte ouverte à Kermartin, mais surtout la porte de son cœur nous ouvre vers les autres : nous devons recevoir les autres êtres, spécialement nous les prêtres, comme des dons destinés à accompagner notre pèlerinage de retour à Dieu. Les autres ne sont pas seulement des âmes à sauver, mais ceux qui assurent notre propre sanctification. Le tombeau de saint Yves à la cathédrale en est une belle illustration, avec son cortège de figures contemporaines de saint Yves, tous ceux qui ont nourri sa sainteté. Que saint Yves aide les pasteurs d’aujourd’hui à être les bergers de cette transhumance vers les verts pâturages de l’éternité !

top Saint Yves, le modèle de l’hospitalier

Par madame Marie-Pierre Bodin, adjointe au maire de Tréguier en charge des solidarités.

Définition du mot « hospitalier »

Initialement, il décrivait celui qui recueille les voyageurs et les indigents. Le sens courant actuellement évoque celui qui pratique volontiers l’hospitalité. Le terme « hospitalité » vient du latin « hospitalitas  », et définissait auparavant la charité qui consiste à recueillir, loger et nourrir gratuitement les indigents et les voyageurs dans un établissement prévu à cet effet. Le sens courant actuel est la libéralité qu’on exerce en recevant quelqu’un sous son toit, en le logeant gratuitement. Par extension, c’est l’action de recevoir chez soi, d’accueillir avec bonne grâce.

L’enquête de canonisation

L’hospitalité de saint Yves est un fait connu de tous à l’époque, et parmi les 52 témoignages sur sa vie, seuls 3 ne relatent aucun fait à ce sujet.

Ses « hôtes »

Saint Yves accueillait toute personne se présentant à lui, ou qu’il croisait sur les chemins, sans discrimination. Il éprouvait beaucoup de compassion envers les mineurs, les orphelins, les veuves, les pauvres, et les autres malheureuses personnes (mendiants, infirmes, estropiés, vieillards, malades, boiteux, aveugles…) (témoins 7, 8, 20, 21, 22, 31, 32, 33, 36, 43, 44, 46, 47).

Il leur offre le gîte

Saint Yves accueille un grand nombre de pauvres sous son toit (témoins 2, 3, 5, 6, 8, 9, 10, 11, 13, 14, 17, 18, 19, 20, 22, 24, 25, 29, 31, 40, 41, 48, 49), aussi longtemps que nécessaire. Ainsi, pendant environ 11 années, il loge, nourrit et habille un couple et ses 4 enfants (témoins 40, 41, 48, 49). Il fait même construire dans l’enceinte de son domaine une maison pour accueillir les pauvres, à toute heure du jour ou de la nuit (témoins 19, 20, 30, 40, 48). Il lui arrive d’offrir l’hospitalité de son lit, au presbytère de Louannec (témoin 2). Il n’hésite pas à faire lui-même les lits de ceux qu’il accueille (témoin 11).

Il leur offre le couvert

Nombreuses sont ses aumônes de pain et d’argent (témoins 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 12, 15, 16, 17, 18, 20, 22, 23, 24, 26, 28, 29, 30, 30, 33, 34, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 47, 48, 49, 50).
Lui-même a une alimentation très frugale, se nourrissant de pain grossier, de plantes potagères, de pois et de fèves, cuits à l’eau et souvent non assaisonnés ; par ailleurs il ne boit que de l’eau, et ne mange qu’une fois par jour, jeûnant au pain et à l’eau 3 jours par semaine. Mais il nourrit ses hôtes mieux que lui-même, leur proposant les meilleurs aliments qu’il peut avoir, consistants et nourrissants, ainsi que du vin, tout en faisant croire bien souvent qu’il mange et boit comme eux (témoins 1, 8, 11, 16, 18, 20, 29, 33, 35). Lorsqu’il est invité à manger, il prend les viandes et autres mets qu’on lui sert pour les déposer en aumônes pour les pauvres (témoins 4, 6, 24). Il pratique déjà de la sorte lorsqu’il est étudiant à Paris (témoin 12).

Il les habille

De nombreux témoins attestent que saint Yves habillait les pauvres (témoins 1, 6, 20, 22, 40, 41, 48, 49). Il achète parfois du tissu qu’il leur offre (témoins 3, 22, 30, 43, 47). Il lui arrive de donner ses propres habits (témoins 11, 18, 35, 40, 41, 45, 47, 48, 49), même lorsqu’ils sont neufs, notamment sa cotte (témoins 1, 22, 32, 35), au risque de se retrouver quasi nu (témoin 47) !

Il partage tout ce qu’il possède

Saint Yves utilise les revenus de sa charge d’official pour ses aumônes (témoins 2, 17, 18, 30, 31, 32, 37, 43). Tout ce qu’il possède (que ce soit ses revenus ecclésiastiques ou patrimoniaux), ou peut se procurer, il le distribue (témoins 3, 4, 6, 7, 8, 9, 12, 13, 16, 17, 18, 19, 20, 22, 27, 30, 31, 32, 33, 34, 37, 38, 39, 42, 43, 44, 45, 47). S’il n’a plus de pain, il donne à chacun une écuelle de farine (témoin 9). Un jour, il vend son cheval à son beau-frère pour nourrir les pauvres (témoin 32). Un autre jour, n’ayant pas d’argent, il met son chaperon en gage pour avoir du pain qu’il distribue (témoin 37). Il lui arrive de faire battre le blé de ses moissons rapidement pour le distribuer aux pauvres (témoin 44). Lors d’une famine, n’ayant plus rien à donner, il propose aux affamés de cueillir les fèves de son verger (témoin 32). Quelques témoins rapportent que parfois, lui ne se chauffait pas mais achetait du bois pour les pauvres (témoins 19, 22). Quand il n’a plus de bois de chauffage à leur donner, il leur dit de ramasser les bruyères dans ses champs (témoin 32).

Il leur offre le respect et la dignité.

a) dans la vie quotidienne

Saint Yves ne fait pas de différence entre les pauvres (témoins 41, 49) Il mange parfois dans la même écuelle qu’eux (témoins 3, 20), boit dans la même tasse (témoin 14), s’assoit par terre parmi eux (témoins 30, 32, 38, 40, 43, 48), prenant soin de placer près de lui les plus infirmes ou difformes (témoins 40, 41, 43, 48, 49). Il se met réellement au service de ceux qu’il accueille, les servant de ses propres mains (témoins 8, 9, 10, 11, 18, 19, 20, 24, 43, 46).

b) par l’apprentissage

Il a contribué à envoyer certains de ses « hôtes » (on ne sait combien) à l’école, payant les maîtres avec ses propres ressources (témoin 38).

c) dans la maladie

Inlassablement, saint Yves visite les malades, riches ou pauvres (témoins 6, 7, 11, 18, 20, 21, 23, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 36, 37, 38, 42, 43, 44, 45, 46, 47), avec une préférence néanmoins pour ces derniers (témoins 8, 19, 22). En effet, certains témoignages révèlent qu’il avait plus d’affection pour les pauvres (témoins 30, 32, 36) et qu’il recherchait plus leur compagnie (témoin 37).

d) dans la mort

Il lui arrive d’acheter de la toile à suaire, pour ensevelir les morts (témoin 29). Un jour, il lave lui-même un défunt, coud le suaire, et enterre le corps, les autres pauvres refusant de laver ou de porter le corps, car l’odeur est insoutenable (témoin 29).

Parfois dans l’abnégation

Pour le confort et le bien-être de ceux qu’il accueille, il renonce parfois aux préceptes de vie qu’il s’impose : il lui arrive de se coucher plus tôt qu’à son habitude, son hôte étant fort las (témoin 2). (N. B. : Habituellement, saint Yves dort très peu ; il veille tard en priant et étudiant).
De même, lors du carême précédant sa mort, saint Yves ne jeûne pas au pain et à l’eau comme il le fait habituellement, par égard pour le témoin qui est alors fort malade. Celui-ci en effet refuse de préparer du potage si saint Yves n’en prend pas (témoins 11, 20).

Un modèle pour agir

L’hospitalité selon saint Yves est extraordinaire, difficile voire impossible à surpasser ni même à égaler. Si hélas elle n’a pas disparu, la pauvreté a évolué depuis l’époque de saint Yves : elle est bien souvent liée à la perte d’un emploi (ou à un emploi précaire), une séparation, un décès, la maladie etc. Certaines actions sont déjà mises en place, même s’il reste beaucoup à faire.

Sur le plan personnel

Chacun de nous peut engager une réflexion sur l’attitude qu’il a envers les personnes en difficulté.

a) Contribution financière

Nous sommes tous sollicités, que ce soit directement dans notre vie quotidienne (à la sortie des magasins, dans la rue etc.) ou via des associations, pour donner aux plus démunis, mais quelle réponse donnons-nous ?

b) Implication personnelle

De nombreuses associations caritatives manquent de bénévoles, que ce soit de façon pérenne ou plus facultative, par exemple lors de collectes alimentaires. Sommes-nous prêts à nous engager ? Par ailleurs, chacun doit se sentir concerné pour que chaque être humain puisse bénéficier de ses droits élémentaires, sommes-nous prêts à nous engager (sur le plan politique, syndical, associatif etc.) ?

c) Respect des différences

Il est souvent bien difficile d’accepter les personnes telles qu’elles sont, de ne pas les juger, de respecter les différences (de quelque nature qu’elles soient). Les personnes défavorisées n’agissent pas toujours comme on le souhaiterait, ou comme la société le voudrait. Les conditions dans lesquelles elles vivent en font parfois des personnes marginales. Quel regard portons-nous sur elles ? Plus simplement, éprouvons-nous du respect pour elles, le respect qu’on doit avoir pour chaque être humain ? N’oublions pas combien il est difficile de demander de l’aide pour nombre d’entre elles, on retrouve bien souvent un sentiment de honte d’être dans l’obligation de quémander.

d) Réflexe citoyen

De nombreuses personnes vivent dans la rue, parfois par choix, mais pas toujours. Ce phénomène domine dans les grandes villes, mais pas seulement, hélas. Il est de la responsabilité de tous, surtout par grand froid, de prévenir les municipalités, les travailleurs sociaux, ou le 115, lorsqu’on a connaissance d’une personne démunie dormant dans la rue. Trop souvent, c’est l’indifférence qui gagne…

Sur le plan collectif

a) Actions mises en place

De nombreuses associations caritatives existent. Chacune, à sa manière, tente de répondre aux besoins essentiels des plus démunis : nourriture, vêtements, argent parfois, un logement pour certaines d’entre elles (ex. : les Péniches du Cœur). Au sein des municipalités, on trouve les CCAS (centre communaux d’action sociale), et parfois les CIAS (centre intercommunaux d’action sociale), qui ont pour mission d’aider les personnes démunies dans leurs démarches officielles et les orienter pour l’obtention de leurs droits ; par ailleurs des aides d’ordre financier ou d’accompagnement peuvent être mises en place. Et bien souvent, la Banque alimentaire (aide uniquement alimentaire) est gérée via les communes.

b) Actions plus spécifiques

De plus en plus, les associations caritatives prennent conscience que les besoins dits « vitaux » ne sont pas les seuls à combler, même s’ils sont les plus urgents.

L’aide aux devoirs

Il peut être proposé aux personnes dans la précarité une aide aux devoirs pour leurs enfants, lorsque les parents sont dans l’incapacité de le faire, ou qu’ils éprouvent des difficultés. On permet ainsi aux enfants d’améliorer leur scolarité, et de ne pas souffrir de la situation. Par ailleurs, l’illettrisme ou les difficultés d’apprentissage ne sont pas exceptionnels hélas. Là encore, des bénévoles se mobilisent pour apporter leur aide.

L’emploi

Secteur délicat, surtout dans la conjoncture que nous connaissons actuellement. L’aide à la recherche d’un emploi se développe également au sein des associations, parallèlement à la voie administrative. De même, les chantiers d’insertion sont de plus en plus nombreux, et bien que ce soit des initiatives précaires et pour une durée limitée, elles permettent aux personnes en difficulté de retrouver un peu de confiance et de dignité grâce à l’emploi dispensé par ce biais.

Les loisirs

Il est offert aux familles, selon des critères bien définis, de partir en vacances pour des sommes modiques, voire gratuitement (Restos du Cœur, Secours Populaire etc.). Parallèlement, certains enfants de familles en difficulté ont la chance de partir en vacances avec des familles volontaires, qui font le choix de les accueillir comme un des leurs (secours populaire).
Par ailleurs, il existe des ateliers informatiques (remise à niveau, élaboration de CV, couture, jardinage etc.). Le bénéfice pour les personnes qui y sont accueillies est encore plus important lorsqu’elles ont des compétences dans ces domaines Elles mettent alors en avant leurs qualités et reprennent confiance et dignité.

Un temps d’écoute

Il est parfois proposé un temps d’écoute, les personnes en difficulté n’ayant parfois personne d’autre à qui se confier (Restos du Cœur, Secours Catholique etc.). Le Fonds Saint-Yves, à Tréguier, lors de ses journées d’écoute mensuelles, propose un conseil juridique gratuit à toute personne qui se présente, la guidant dans ses démarches juridiques ou administratives et l’orientant si besoin vers les juristes les plus compétents.

c) Le respect de chacun

Dans de nombreuses associations, les bénévoles bénéficient de formations en interne, où l’accent est mis sur l’accueil, le respect, et l’absence de jugement de la personne qu’on accueille.

Au plan national et international

Saint Yves a été, d’une certaine façon, le précurseur des droits de l’homme élémentaires.

a) Le droit au logement

La loi DALO (droit au logement opposable), du 5 mars 2007, vise à garantir le droit à un logement à toute personne qui, résidant en France de façon stable et régulière, n’est pas en mesure d’accéder à un logement décent ou de s’y maintenir. Dans les communes, ces personnes sont prioritaires lors de l’attribution de logements, notamment sociaux. Néanmoins, combien de mal-logés (logements indignes, insalubres), voire de sans-logis (il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui dorment dans leur voiture, y compris des gens qui ont un emploi).
Au plan international, nombre de personnes vivent dans des campements de fortune, et dans des conditions sanitaires déplorables, malgré l’intervention d’ONG qui font leur maximum pour faire face à l’urgence (conflits, famine…).

Depuis quelques mois, nous sommes confrontés à l’accueil de réfugiés Syriens et Irakiens, notamment, et la polémique est grande.

b) Le droit à l’éducation

En France, l’école est gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans. Dans les pays défavorisés, l’éducation permet d’améliorer les conditions de vie des habitants (des filles notamment). Encore faut-il y avoir accès ! Combien d’enfants, parfois très jeunes, sont obligés de travailler ?

c) L’aide légale

Les travailleurs sociaux ont fort à faire, les dossiers étant de plus en plus nombreux et les solutions parfois inexistantes. L’aide légale a ses barèmes. Mais une personne sans aucune ressource touchera le Revenu de Solidarité Active (RSA), et pourra percevoir une aide pour son logement (APL notamment). D’autre part, certains tarifs énergétiques (électricité et gaz) sont adaptés pour les personnes en difficulté. De même, l’interdiction totale des coupures d’eau a été introduite dans la loi française en avril 2013. Mais cette aide légale a ses limites, les personnes démunies n’ont souvent pas d’autre choix que de se tourner vers les associations caritatives.

top Conclusion

Par Yves le Guillou.

Notre conférence touche maintenant à sa fin.
Nous avons suivi saint Yves comme étudiant, comme juriste et comme prêtre dans son accueil inconditionnel des pauvres jusqu’à se faire l’un d’entre eux.
Saint Yves est un exemple parce qu’il nous montre le chemin par son humilité et sa confiance en Dieu. Cette humilité et cette confiance fondent toute son existence et toute son action. Saint Yves est un savant, diplômé des prestigieuses Universités de Paris et d’Orléans, et pourtant il suit à Rennes les enseignements d’un franciscain. Saint Yves est un prêtre qui a accepté le sacerdoce par obéissance mais qui se qualifie lui-même de prêtre indigne. Même s’il possède des talents de prédicateur très appréciés de ses contemporains, il ne cherche pas à les mettre en valeur et cède facilement la parole aux prêtres qui l’accompagnent.
Saint Yves pousse l’hospitalité jusqu’à s’occuper de ses hôtes après leur mort et à accomplir lui-même les actes les plus humbles pour leur ensevelissement, des actes que les plus pauvres eux-mêmes évitaient de faire pour leur semblable (pour cet exemple, je vous renvoie au témoignage du franciscain Guidomar Morel, témoin n° 29).
La lecture de l’enquête de canonisation nous montre tout cela et bien d’autres choses encore. Elle est une invitation à suivre saint Yves dans son cheminement spirituel.
Nous pourrions imaginer d’autres sujets de conférence.
A une époque où les questions écologiques préoccupent toutes les bonnes volontés, nous pourrions par exemple traiter de la sobriété à travers l’exemple de saint Yves. Notre époque, qui recherche frénétiquement le confort, au prix d’une mise en danger de la nature et de l’équilibre social du monde, aurait beaucoup à apprendre de l’ascétisme de saint Yves.
Mais, si vous le voulez bien, ce sera pour une autre fois…

Je vous remercie de votre attention.

top Rapport des interventions du public

  • M. Yves Bizeul, artisan-boulanger en retraite, exprime une grande émotion après avoir entendu les interventions sur saint Yves.
  • M. Bruno de La Brosse rappelle que saint Yves est souvent considéré comme le patron des étudiants bretons. Il se demande quelles actions le Fonds Saint-Yves pourrait mener vis-à-vis des étudiants.
  • M. Yves Tiessa, retraité de l’enseignement agricole, demande ce qui est prévu pour édifier les âmes des gens simples (outils, parutions etc.).
  • Le père Guillaume Caous rappelle que marcher sur les pas de saint Yves, aide à s’approprier la spiritualité de saint Yves et qu’il existe, aux abords de Tréguier, un circuit des chemins de saint Yves.
  • M. Jean-François Guillou rappelle qu’en Bretagne, la figure du pauvre est importante. La popularité de saint Yves doit beaucoup à sa proximité avec la spiritualité franciscaine.
  • M. Tugdual Leroux, notaire en monde rural, pense que saint Yves serait très étonné s’il voyait l’état de la justice aujourd’hui. Il rappelle les nombreux services juridiques que rendent les notaires de campagne et déclare que la loi Macron rendra les choses plus difficiles.
  • Le bâtonnier Yves Avril rappelle l’importance de la proximité de la justice. Sans proximité, pas de droit.
  • M. Bertrand de Villeneuve, médiateur, se demande en quoi la Justice est aujourd’hui le lieu de l’accueil de la personne humaine, en quoi elle est le lieu d’une prise de conscience spirituelle.
    Ce qui est caractéristique de saint Yves, c’est qu’il ne remet jamais en cause l’ordre social. Il fait la leçon aux riches et aux pauvres quand il faut. Ce que l’on retient de lui, c’est l’exemple. Il n’a pas dérogé à sa classe. Il vit selon ses vertus.
  • M. Alain Lorieux, magistrat retraité, ancien premier président de la Cour d’appel d’Angers, dit qu’un magistrat doit tenir les deux bouts de la chaîne : dire la loi mais avec cœur.
    Le cœur et la volonté sont nécessaires dans les modes alternatifs de règlement des conflits.
    Juge, on apprend l’humanité. Certaines fonctions judiciaires y invitent : juge pour enfants, juge d’application des peines, juge d’instruction etc.
    La seule règle de droit n’est pas suffisante.
    Saint Yves, comme juriste chrétien, est un grand modèle pour le monde judiciaire.
  • M. Henry Salembier, conciliateur de justice en charge de 5 cantons, rappelle que la Bretagne, avec ses 153 conciliateurs de justice, est la région qui en a le plus. Les conciliateurs de justice ont à faire à toute la misère du monde.
    Les conciliateurs agissent pour régler les problèmes en dehors des règles de droit au moyen d’une écoute très attentive. Généralement, la concorde revient sans gagnant ni perdant.
  • Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, évoque l’accueil des réfugiés dans le diocèse de Saint-Brieuc. Le diocèse a prévu d’accueillir un certain nombre de réfugiés, s’est rapproché des municipalités, mais les dossiers d’accueil n’avancent pas pour des raisons politiques. Comment obtenir aujourd’hui en France plus facilement le droit d’asile ? L’état d’urgence n’a-t-il pas un effet limitatif pour l’accueil des réfugiés ? Seulement quelques centaines de personnes sont arrivées pour l’instant. Dans un tel contexte, on ne peut pas laisser certains parler d’invasion. Saint Yves est un défenseur de la Vérité et au nom de la Vérité, on ne peut pas laisser parler d’invasion.
  • M. Guirec Arhant, maire de Tréguier, dit l’image de la pauvreté a évolué ; elle est plus difficile à découvrir (jadis, à la campagne, on réservait une place pour le pauvre à table)
    Les ruptures familiales, en particulier, sont difficiles à traiter. Personne n’ose faire le premier pas. Comment toucher ces personnes ?
  • M. Emmanuel Marchand, président de l’association SOS familles Emmaüs, évoque les interventions de l’association dans des situations d’urgence. L’association prête de petites sommes remboursables. Mais que faire quand la personne ne rembourse pas ? Souvent, on n’arrive plus à communiquer avec le bénéficiaire. La médiation consiste alors à renouer un dialogue qui permet un remboursement de quelques euros par mois.

[1Témoin 4.

[2Témoin 19.

[3Témoin 1.

[4Témoin 10.

[5Témoin 18.

[6Témoin 29.

[7Ibid.

[8Témoin 47, Darien de Trégrom, recteur de Tréguier. Dom Yves s’adonnait très fréquemment à l’exercice de la prédication. Il allait d’une église à l’autre, prêchant au clergé et au peuple la parole de Dieu. Je l’ai vu très souvent prêcher dans la ville de Tréguier et ailleurs. Et parfois… il lui arrivait de prêcher le même jour trois ou quatre fois dans des localités différentes. Les gens trouvaient ses sermons si pleins de charme que le peuple (j’y étais et je l’ai vu) le suivait d’une paroisse à l’autre.

[9Témoin 14.

[10Témoin 20.


Documents joints

Texte intégral de la conférence du 16 janvier (...)

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