Grand Pardon de saint Yves 2017

Homélie de Mgr Jean-Paul James à la messe pontificale

Dimanche 21 mai 2017, cathédrale de Tréguier.
mercredi 24 mai 2017
  par  Mgr Jean-Paul James
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© Extraits vidéo Ouest-France

Frères et sœurs,

En sortant croix et bannières, serions-nous réunis pour satisfaire le désir d’exotisme de quelques touristes ? Assurément non. C’est un acte de foi qui nous rassemble. En Bretagne, un pardon dit le cœur de notre foi et de notre mission chrétiennes. Je remercie Monseigneur Moutel de m’avoir invité à présider le pardon de Saint Yves. Alors que le Pape François nous invite à « sortir », à annoncer l’Évangile et à quelques jours de la fin du synode du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier et donc de l’envoi de tous en mission, nous recevons cette promesse du Christ : Je ne vous laisserai pas orphelins. À nous qui voulons proposer l’Évangile et « rejoindre l’autre », le Seigneur donne deux trésors : l’Esprit-Saint notre Défenseur, et un frère aîné, saint Yves, un évangélisateur et un réconciliateur.

Les paroles de Jésus sont proclamées à un moment dramatique. C’est juste avant la Passion. Les disciples inquiets viennent de questionner Jésus : où vas-tu ? montre-nous le Père. Dit autrement : où est Dieu ? Que va-t-on devenir ? Ou encore plus actuel : que faire face à la « mondialisation de l’indifférence » qu’évoque le Pape François, indifférence religieuse qui touche jusqu’à nos familles, mais aussi indifférence à l’autre, au plus fragile, au plus petit ? Certains des disciples d’aujourd’hui sont fatalistes : on n’y peut rien ! ll n’y a rien à faire ! Ça dépasse nos forces !

Ce n’est pas la réponse de saint Yves en son temps. D’abord, ne croyons pas que saint Yves vivait dans un monde de rêves ou une Église parfaite. Si nous le pensons, relisons la situation des habitants du Trégor, et de l’Église au temps de saint Yves. Alors où Saint Yves puisait-il la force, le courage de dépasser la peur, d’affronter les difficultés de la mission, les cœurs durs, ceux qui se moquaient ? Dans la promesse de Jésus : je ne vous laisserai pas orphelins. On sait combien saint Yves, prêtre, s’appuie sur la Parole de Dieu. ll portait sur lui la Bible en permanence, et la méditait la nuit. Il célébrait souvent la messe du Saint-Esprit, pour obtenir de Lui, le don de paix et la vertu de justice. Comme tous les évangélisateurs, il savait sa faiblesse, mais il avait confiance dans le Seigneur, dans Sa Force. Inspirons-nous de son témoignage. De qui le Seigneur a-t-il besoin pour annoncer l’Évangile ? D’hommes et de femmes de foi, comme st Yves, et st Tugdual avant lui, et st Louis-Marie, et st Vincent Perrier, le Bienheureux Julien Maunoir après lui. Oui, nous sommes fragiles ; oui, nos communautés chrétiennes sont fragiles. Mais, nous nous appuyons sur la promesse du Christ : je ne vous laisserai pas orphelins. Par son Esprit le Christ nous rejoint. Par le témoignage de saint Yves, le Christ nous encourage.

Sommes-nous prêts à nous laisser inspirer par la sainteté d’Yves Hélori ? Certains vont dire : vous n’y pensez pas ! Un personnage hors normes ! Un saint inimitable ! Sans doute l Mais la réponse est rapide et un peu facile ! C’est ainsi, par exemple qu’on va faire ses petites dévotions près de saint Yves aujourd’hui et on rentre chez soi tout comme avant : la pelouse à tondre, le repas à préparer, le feuilleton télé à regarder ! Après ce pardon, c’est juste impossible de continuer ainsi ! Nous devons rendre raison de l’espérance qui est en nous, nous dit saint Paul. Nous ne pouvons pas faire mine de n’avoir pas entendu ! Nous sommes porteurs d’une Bonne Nouvelle, et une Bonne Nouvelle cela se partage : rappelez-vous, chers amis, quand votre conjoint après une maladie, retrouve la santé. On va le dire à ses voisins : il va mieux ! Une Bonne Nouvelle, ça se répand et ça attire ! C’est ainsi qu’au Moyen-Âge, on s’attache aux pas de st Yves : ses sermons plaisaient tant au peuple, que lorsqu’on l’avait entendu et que l’on apprenait qu’il devrait prêcher ailleurs, une grande partie de ses auditeurs le suivait pour l’entendre de nouveau. Et les gens changent de vie : il ramenait à la paix et à la concorde ceux qui avaient entre eux un procès. Avec saint Yves, évangélisateur, rejoignons les gens d’aujourd’hui et soyons des évangélisateurs. Des évangélisateurs et des réconciliateurs.

Car l’Esprit-Saint présent en saint Yves, fait de lui un réconciliateur. C’est le rôle de l’Esprit Saint de faire la communion entre gens différents. C’est Lui qui nous pousse à sortir de chez nous, à rejoindre l’autre. Quel est la grande crainte de nos contemporains ? L’isolement. La peur de rester seul. Car, nous ne sommes pas faits pour être des individus isolés, séparés par les haies de nos jardins, enfermés dans nos appartements avec des systèmes d’alarmes. Nous sommes faits pour l’amitié, pour la communion entre nous. Nos pardons bretons le rappellent. On s’y réunit pour refaire l’unité de la communauté et se donner le pardon des déchirures, des affronts, des divisions. Les pardons ont pour but d’encourager aujourd’hui la vie commune. J’aime ce beau geste des croix qui se saluent, signe de l’amitié que nous voulons promouvoir les uns avec les autres. Saint Yves, habité par l’Esprit, c’est un passionné de communion, un restaurateur de brèches, un réconciliateur. ll a un sens extraordinaire de l’hospitalité, près des plus fragiles. ll cherche une solution aux conflits humains si présents au sein même de nos familles. Juge équitable, il est un avocat persuasif et généreux. Belle profession que celle des juges, des avocats eux aussi au service de la vie commune. Car la médiation exercée par la justice garantit que les rapports dans une société humaine ne sont pas régulés par la violence. Nous les confions à l’intercession de leur saint patron, pour qu’ils éprouvent la promesse du Christ : je ne vous laisserai pas orphelins.

Nos anciens savaient comme nous la difficulté de la vie évangélique. Alors, le jour du pardon, on célèbre la messe. En effet, si nous ne retournons pas à la Source de l’Amour, nos missions sont impossibles. Où puiser en effet la force de dépasser les querelles de voisinages ou l’indifférence à l’égard des voisins ? Où puiser la force d’aimer vraiment son conjoint, ses enfants ? Nous croyons que c’est dans l’Eucharistie dominicale. Alors, avec saint Yves, prêtre évangélisateur, réconciliateur, nous rejoignons nos contemporains pour témoigner de la joie d’être chrétiens.

Amen.


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Dimanche 21 mai, cathédrale de Tréguier.

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