Saint Yves et les pauvres 4/10 – Saint Yves a le souci de la dignité des pauvres

Samedi et dimanche 13 et 14 novembre 2021 : 5ème Journée mondiale des Pauvres, à Tréguier en présence de Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, avec Fratello. Méditation sur l’amitié qui unissait saint Yves et les pauvres.

Prière à l’Esprit Saint :  Esprit Saint, âme de mon âme, je T’adore et je T’aime, éclaire-moi, guide-moi, fortifie-moi, console-moi, indique-moi la route. Je m’en remets, à l’exemple de saint Yves, à tout ce que Tu désires de moi, fais-moi seulement connaître Ta volonté pour éclairer mon chemin. Seigneur Esprit Saint je me tourne vers Toi avec confiance, appuyé sur la prière de ton serviteur saint Yves ; Tu lui as donné en son temps de juger avec équité, d’assister les pauvres. Aussi avec Ton aide, je prends aujourd’hui saint Yves comme modèle de sainteté. Amen.

SAINT YVES, UNE VIE DE SERVICE ET D’AMITIÉ AUX CÔTÉS DES PAUVRES

Par Daniel Giacobi

  4 – Saint Yves a le souci de la dignité des pauvres

 

L’accueil des pauvres dans ses paroisses et à Ker Martin.

 

Les pauvres ne sont pas des personnes “extérieures” à la communauté, mais des frères et sœurs avec qui partager la souffrance, pour soulager leur malaise et leur marginalisation, pour qu’on leur rende la dignité perdue et qu’on leur assure l’inclusion sociale nécessaire. Pape François – § 3 – Message pour la 5ème journée mondiale des pauvres- 14 novembre 2021-

 

Geoffroy Jubiter, recteur de l’église de Trédrez, témoin 30, explique : « Dom Yves fit construire à Ker Martin dans le domaine paternel une maison pour les pauvres, et il les recevait là, refaisant leurs forces grâce aux biens que Dieu lui donnait. J’étais avec lui quand il faisait faire cette maison, et je voyais tout cela. »

Le frère Pierre, religieux, abbé du monastère de Bégard, de l’ordre de Cîteaux, témoin 19, donne un exemple magnifique du soin attentionné d’Yves pour les pauvres : « Dom Yves était d’une grande bonté envers les pauvres. J’en ai vu plus d’une fois à Ker Martin, que dom Yves servait de ses propres mains, et il leur distribuait du pain, du blé et ce qu’il avait d’autre… Dom Yves était venu un jour faire visite à des pauvres, des pèlerins, dans cette maison faite pour eux, et je m’y trouvais. Et il y avait là un pauvre qui allait, disait-il, à Saint-Jacques ou aux Sept Saints de Bretagne – ce que nous appelons aujourd’hui le Tro Breiz – , je ne me rappelle plus bien. « Tu as donc de bons souliers, lui dit dom Yves ». – « Bien vrai, lui dit le pauvre, s’ils étaient graissés ». Dom Yves fit apporter de la graisse, et le pauvre voulut les graisser, mais, sous mes yeux, dom Yves les graissa de ses mains»

 Yves est enraciné dans le réel, incarné dans la pâte humaine, attentif à chacun, aux bûcherons, aux meuniers, aux laboureurs et moissonneurs, prêt à venir en aide à des charpentiers découragés ou aux pèlerins de passage en route vers les Sept Saints. Yves est un saint à genoux devant l’homme, un pont vers Dieu. Il est l’expression de la Miséricorde de Dieu qui traverse les âges à travers tant de figures : Vincent de Paul, Maximilien Kolbe, Mère Térésa…« car tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Isaïe 49).

Autre exemple de cette sollicitude affectueuse d’Yves, écoutons Guillaume Ballech, diocèse de Quimper, témoin 151 : « Passant par la cité de Tréguier et ne trouvant personne pour me donner l’hospitalité pour l’amour de Dieu, je suis arrivé à la maison de dom Yves à Ker Martin. « J’étais alors perclus d’une jambe ; elle se tenait contre ma cuisse, et j’étais incapable de l’étendre. Je marchais donc avec échasses et béquilles. » Il manifesta une grande joie à me recevoir, joignit les mains, les leva au ciel et me dit : « Béni soit Dieu qui m’a envoyé un messager ! ». Tout de suite on a dressé la table et il m’a servi du pain, du potage et de l’eau. Dom Yves a mangé avec moi. Le soir, il m’a fait coucher dans un lit, le lendemain j’ai pris la liberté de m’en aller. Je ne me trouvais pas loin de la ville de La Roche Derrien, quand je vis dom Yves : « Pourquoi t’être retiré comme ça ? » me dit-il, et il m’a donné deux deniers. » Avec quel soin attentif Yves s’occupe de ces pauvres que l’Esprit Saint guide jusqu’à Ker Martin !

Yves, en servant les pauvres sert son Seigneur, Jésus, certains signes en sont la preuve éclatante :  Yves Suet, clerc de La Roche-Derrien, témoin 13,  qui fut étudiant à Paris avec Yves fait ce récit : « j’ai vu Dom Yves donner aux pauvres une fournée entière de pain. Ce jour-là j’étais à table avec lui à Ker Martin quand arriva un pauvre d’une laideur extrême et misérablement vêtu. En ma présence dom Yves le fit asseoir en face de lui et manger avec lui dans la même écuelle. Tandis que le pauvre se tenait près de la porte de la maison, il se tourna vers dom Yves et vers moi et nous dit en breton : «Kenavo. Ra vezo an Aotrou ganeoc’h ! » (Adieu. Que le Seigneur soit avec vous !). Cela dit, le pauvre apparut à dom Yves beau et vêtu d’un habit blanc, comme dom Yves me le rapporta aussitôt. Il me dit que celui qui était arrivé très laid s’en allait beau et que la maison resplendissait de la clarté de son habit … après le départ du pauvre il se mit à verser des larmes et dit : « Maintenant je sais qu’un envoyé de Nôtre-Seigneur est venu me visiter ».

Vitrail de la chapelle du Duc, cathédrale de Tréguier. Saint Yves et les pauvres.

Son humilité est mentionnée par des dizaines de témoins. Elle transparaît à travers son attitude et ses habits, façon pour lui de rejoindre les plus misérables. Guillaume de Karanzan, paroissien de Louannec, le témoin 22, déclare : « Dom Yves était très humble dans ses paroles et dans ses actes, dans son habit et dans son maintien. Il s’avançait humblement, c’est-à-dire les yeux fixés au sol et le capuchon tiré sur les yeux. Il disait des paroles très humbles et sages ; il rejetait l’ostentation. Il portait un habit humble et commun : c’était un long surcot et une cotte à larges manches, comme en portent les religieux, sans boutons, avec un chaperon d’une grossière étoffe blanche appelée burell. Cette étoffe devait valoir autour de deux sous et demi l’aune. Il portait aussi des souliers à courroies à la manière des Prêcheurs ou des Cisterciens, sans bas. » Darien de Trégroin, recteur, témoin 47 ajoute : « très humble et très bienveillant, il entrait en relations avec tous indistinctement, avec les pauvres comme avec les riches, avec humilité, c’est avec douceur qu’il parlait à tout le monde. Quand il allait par les grandes routes, il marchait très humblement, la tête inclinée, les yeux baissés, le capuchon rabattu. »

Yves accompagne avec amour les malades jusqu’à leur dernier souffle : Hamon Toulefflam, témoin 20, de la paroisse de Plestin, ermite de bonne réputation, raconte comment Yves fait des entorses à ses strictes pratiques de jeûne héritées du monachisme celtique : « d’une grande austérité et d’une grande abstinence … Parfois,  à cause de ses hôtes il prenait ou faisait semblant de prendre un tout petit peu de beurre … le dernier carême avant sa mort la pitié et la compassion qu’il avait pour un malade pauvre, nommé Yves Avispice, qui est maintenant ermite, l’amenaient à se nourrir pour l’amour de Dieu. Il lui arrivait de manger, mais c’était rare, des plantes potagères et des fèves, par charité pour ce malade. » Frère Guidomar Maurel, de l’ordre des Frères Mineurs, les Franciscains, du couvent de Guingamp, témoin 29, l’ami intime d’Yves raconte ceci : « Dom Yves visitait les malades, fournissait de la toile à suaires pour ensevelir les morts… Je suis resté dans sa maison de Ker Martin trois semaines de suite à ses frais : j’étais alors gardien de Guingamp et j’avais une jambe malade. C’est alors que j’ai constaté que les actes de bonté qu’Yves accomplissait là, accueillant les pauvres qui s’y rencontraient en grand nombre, refaisaient leurs forces matériellement et spirituellement. Un jour un malade pauvre mourut dans sa maison. Et ce jour-là les pauvres n’y vinrent pas, contrairement à leur habitude, parce qu’ils ne voulaient ni laver ni porter à ensevelir le défunt pauvre, à cause de l’odeur fétide que dégageait son cadavre. Alors dom Yves et mon compagnon, le frère Olivier Porquoyt, le lavèrent humblement et dévotement. Dom Yves cousait le suaire, coupant le fil avec ses dents. C’est mon compagnon qui me l’a rapporté. Après quoi tous les deux portèrent le défunt à sa sépulture et l’enterrèrent. »

PISTE DE RÉFLEXION : De quelle façon est-ce que j’entre en contact avec les pauvres ?  Mon attitude à leur égard est-elle  respectueuse de leur dignité ou trop souvent condescendante ?

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