4e parole du Christ en Croix : « J’ai soif. »

« Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. » (Jean 19, 28-29)

Saint Yves, brillant étudiant de Paris et Orléans a déjà le souci des pauvres et des malades.

À Rennes, aux fêtes, l’official leur ouvre sa table, lance avec joie :

Je vais chercher mes gens !

Il fait construire au Minihy une maison pour les recevoir avec affection «

car tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime

(Isaïe 43).

Yves, près du puits de Kermartin, fatigué, rejoint Jésus dans son humanité.

Dieu se fait homme au point d’éprouver la fatigue, la soif et surtout ce sentiment d’échec et d’incapacité. Comme chacun de nous Dieu se fait faible.

Donne-moi à boire. Cette demande jaillit comme une prière, un soupir, une expression de fragilité. Sur la croix , Jésus, tu exprimes ton humanité si vulnérable : J’ai soif

.

Yves reconnaît dans le pauvre nu, malade, affamé et assoiffé, Jésus qui appelle depuis la Croix : « J’ai soif. »

[(
Témoin N°3, Yves Suet, clerc de La Roche-Derrien, diocèse de Tréguier, âgé de soixante-dix ans témoigne :

« J’ai bu et mangé bien des fois avec dom Yves, entouré de pauvres. Il ne mangeait que du pain grossier et des plantes potagères ou des fèves sans autre assaisonnement, et il buvait de l’eau fraîche. J’ai pourtant partagé pas mal de fois les repas de dom Yves, mais je ne l’ai jamais vu manger viandes ni poissons, ni boire de vin. Une fois je l’ai vu donner aux pauvres une fournée entière de pain.

Ce jour-là, par la suite, j’étais à table avec lui à Ker Martin, dans sa maison, quand arriva un pauvre d’une laideur extrême et misérablement vêtu. En ma présence dom Yves le fit asseoir en face de lui et manger avec lui dans la même écuelle. Tandis que le pauvre se tenait près de la porte de la maison, il se tourna vers dom Yves et vers moi et nous dit en breton : “~Kenavo. Ra vezo an Aotrou ganeoc’h~” !» (Adieu. Que le Seigneur soit avec vous !). Cela dit, le pauvre apparut à dom Yves beau et vêtu d’un habit blanc, comme dom Yves me le rapporta aussitôt. Il me dit que celui qui était arrivé très laid s’en allait beau et que la maison resplendissait de la clarté de son habit. À dater de ce jour, dom Yves ne mangea pas à cette table, mais après le départ du pauvre il se mit à verser des larmes et dit : « ~Maintenant je sais qu’un envoyé de Nôtre-Seigneur est venu me “visiter~”.)]

Saint Yves nous interroge sur notre pratique des « œuvres de miséricorde ».

Yves va au devant des attentes des pauvres, anticipe pour mieux servir.

Portons-nous ce souci en nos cœurs comme une priorité ?
Yves nous interroge encore. La charité matérielle ne peut suffire, il se donne tout entier, rejoint pauvres et malades avec délicatesse, les vénère dans leur dignité de fils de Dieu. Yves est un saint à genoux devant l’homme, incarnation de la Miséricorde de Dieu qui traverse les âges par les gestes de tant de saints.

[(
Méditer avec le Cal Journet :

Le Christ a soif de nous : « J’ai soif » (Jean 19, 28).

C’est ainsi que s’exprime le désir de Dieu de nous voir venir jusqu’à Lui. Sur sa croix, il n’y a qu’un homme pour venir au Christ et lui donner à boire : c’est à nous d’aller vers ce crucifié qui souffre pour nous et semblable à nous, de nous approcher de Lui qui est notre rédemption, et de participer amoureusement avec Lui à cette rédemption. Il veut nous unir à Lui, car

Jésus a eu soif de la gloire de Dieu et du salut du monde. Il aime tant ceux qui connaissent une pareille soif. Il leur promet des sources vives.

Jésus a soif pour nous, pour nous faire venir à Lui et il a soif comme nous, comme nous devons avoir soif de la gloire de Dieu et du salut du monde qui sont notre avenir. Un avenir dont nous savons désormais qu’il commence ici et maintenant, à chaque instant, à chaque infime parcelle de temps qui passe et où nos cœurs d’hommes décident de se tourner ou non vers Lui.

Les sept paroles du Christ en croix, par Charles Journet, Seuil, avril 1998, 182p.)]

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