7e parole du Christ en Croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit »


« C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri :

“Père, entre tes mains je remets mon esprit”.

Et après avoir dit cela, il expira. »

(Luc 23, 44-46)

Samedi après l’Ascension le prêtre Yves Rachael assiste à l’Extrême-Onction de dom Yves reçue

avec respect et dévotion. Sous ses regards, face à lui, dans une fenêtre, une croix avec l’image du Crucifié. Il ne cessait de la regarder, disant les psaumes, répondant aux prières. Dom Yves se trouvait par terre sur un lit de paille, habillé

.

Panthonada, sa servante, la veuve de Rivallon le jongleur, se souvient qu’alors Yves perd la parole. Il a le regard fixé sur la Croix, joint parfois les mains, se signe dévotement et expire paisiblement avant le lever du soleil.

Pour tous les assistants il avait l’air de sourire et transpirer, paraissait plus beau, plus rosé que de son vivant.

Y. Rachael l’accompagne à la cathédrale :

je portais un cierge devant le corps. Il y avait grande affluence de gens qui touchaient et baisaient avec très grande dévotion pieds et mains du défunt. Dernière marche d’Yves, triomphale, santo subito aurait dit une foule romaine, c’est le premier Pardon de saint Yves de Minihy à Tréguier. Constance Ymbert de Tréguier est là : une multitude de pauvres, d’estropiés, d’infirmes pleuraient sa mort.

La foule où se mêlent jeunes et vieux, pauvres et riches, lui dit son affection, cette foule qui le protégea des sergents du roi, foule poussiéreuse, misérable, chargée d’ulcères et de péchés, foule murmurante, implorante.
Typhaine de Pestivien la décrit :

on faisait toucher parures et anneaux à sa dépouille, on croyait sans l’ombre d’un doute que dom Yves serait saint vu ses mérites

. Elle a obtenu « un bout de sa ceinture, une cordelette de laine » et en prend « un soin respectueux comme d’une relique car, dit-elle, cet homme vertueux est un saint. » Le recteur Darien de Trégroin voit Yves dépouillé de ses habits, sa chemise placée parmi les reliques.

[(Témoin n°40-, Panthonada, veuve de Rivallon le Jongleur, de la paroisse de Priziac, diocèse de Vannes, âgée de 80 ans…
Rivallon, mon défunt mari et moi-même, accompagnés des quatre enfants que j’avais, nous vînmes, onze ans environ avant la mort de dom Yves, à sa maison de Ker Martin pour recevoir aumônes et hospitalité pour l’amour de Dieu. Dom Yves nous accueillit avec beaucoup de joie, et pendant ces onze années-là, ou à peu près, il nous a gardés chez lui, pourvoyant à notre nourriture et à notre habillement.

Dans la semaine de sa mort, un jour, je ne sais plus lequel, dom Yves, malade et faible au point de ne pouvoir se soutenir mais tenu debout de temps en temps par quelques assistants dont j’ai oublié les noms, célébra la messe dans sa chapelle de Ker Martin. J’y assistais et j’ai donc vu la scène. Un samedi très tard dans la soirée, j’ai vu dom Amon Gorec, prêtre, curé de l’église de Tréguier, administrer à dom Yves le sacrement de l’Extrême-Onction et lui faire les onctions ; et j’ai entendu dom Yves répondre lui-même aux prières qui accompagnent l’onction et aux autres prières qu’on lisait au cours de cette cérémonie. L’onction achevée, il perdit l’usage de la parole. Alors le regard fixé sur la croix qui se trouvait là placée devant lui, joignant de temps en temps les mains, et à plusieurs reprises se signant et se protégeant dévotement du signe de la croix, il expira. De sa bouche, de son nez, de ses oreilles ou de ses yeux ne sortit ni bave ni autre chose. Pour tous les assistants il avait pour ainsi dire l’air de sourire et de transpirer, et il paraissait plus beau et plus rosé que de son vivant. Il y a vingt ans ou environ que dom Yves est mort, à la fête de la Pentecôte ou à celle qui tombe le plus près aux environs…
)]

Les foules affluent au Tombeau d’Yves, chacun raconte les miracles qu’il a vus, son tombeau devient le cœur battant de la cité de Tréguier, à mille lieues de l’ambiance feutrée de nos églises. Les foules médiévales sont bruyantes, enthousiastes, enflammées. Fols, boiteux, paralysés se pressent pour supplier ou rendre grâce. Se côtoient là ceux qui ont été guéris ou sauvés en se vouant à Yves : mamans aux accouchements difficiles, enfants qu’on croyaient morts et sauvés de la noyade ou de la fièvre, aveugles et estropiés guéris ; même un condamné rescapé de la pendaison. Au tombeau fleurissent les ex-voto, les béquilles inutiles laissées là.

Au cœur de nos tempêtes, en un temps où les droits naturels tels ceux de la famille sont ballottés, où lescomportements procéduriers multiplient les conflits, Yves ne reste-t-il pas un phare pour les hommes, les juges, les avocats et les juristes de bonne volonté ?

On ne peut qu’approuver Alain Thomas de Ploulec’h :

que dire de plus ? La sainteté d’une telle vie ne peut s’exprimer par des mots

. Seule la prière peut permettre d’en découvrir les mille facettes.

[(Méditer avec le Cardinal Journet : S’abandonner librement à vivre en Lui

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Parce que le Fils a fait son œuvre, il peut désormais s’en remettre au Père avec tout ce qu’il a pris sur Lui pour notre Salut. Le cardinal Journet insiste sur cet abandon volontaire, librement consenti, qui est celui seul que Dieu regarde en chaque homme. Pour Dieu ne compte que ce que nous avons fait librement, dans le bien comme dans le mal. Aussi, la fin de cette vie temporelle du Christ, qui ne recommencera plus jamais, marque le début de la vie de l’Église, par laquelle nous sommes tous unis en Lui. “Le Christ est mort, l’Église naît, le monde est sauvé”. Le Christ est mort, vive le Christ ! Mais non pas comme un simple succession, comme une constance : maintenant que tout est consommé, que nous avons vu le chemin la vérité et la vie qu’Il nous désigne jusque sur la croix, tout peut commencer pour le monde renouvelé dans le corps de l’Agneau, dans la sang et l’eau jaillissant de son côté.


[Cardinal Charles Journet, Les sept paroles du Christ en croix, Seuil, avril 1998, 182p.->
https://fr.aleteia.org/2017/11/05/mediter-les-sept-paroles-du-christ-en-croix/])]

En ce Samedi Saint méditons sur la formule que nous récitons dans le

Je crois en Dieu


[|

… Il est descendu aux enfers

|]

Dès le milieu du IVe siècle, la formule fait partie des symboles de foi.

La descente aux enfers représente d’abord la dernière étape de l’abaissement du Christ, elle signifie que le Christ est pleinement mort entre le vendredi saint et Pâques. Il n’est pas encore ressuscité, il a été jusqu’au bout de l’amour. La descente aux enfers c’est le silence apparent de Dieu.

[(Dans la 1ère épître de Pierre (3, 18-20.4, 6)

Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau… C’est pour cela, en effet, que même aux morts a été annoncée la Bonne Nouvelle, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu dans l’Esprit.

)]

En descendant aux enfers (= le

séjour des morts

, à ne pas confondre avec l’Enfer), selon l’épître de st Pierre, le Christ apporte la bonne nouvelle aux morts, aux esprits en prison. Le Christ tire les morts de leur ténèbres, il les libère de la mort, il descend au Shéol pour en arracher les âmes des justes. Ainsi tous les hommes peuvent être sauvés, même ceux qui sont déjà morts, c’est le salut offert à tous.

Les représentations byzantines montrent la résurrection du Christ comme la sortie des enfers. Les grecs l’appellent l’anastasis. Le Christ debout, éclatant de lumière, est entouré souvent d’une mandorle symbole de la gloire divine. Il foule a ses pieds les portes brisées des enfers au dessus d’un abîme noir. Il attire à lui d’une main Adam et de l’autre main, il entraîne Ève. Tous les deux émergent de leur cercueil.

[(Icône de la Descente aux enfers.

Icône de la descente aux enfers

Icône de la descente aux enfers



Dans la tradition orientale, l’icône de la résurrection du Christ le représente descendant aux enfers.

Le centre de la composition est la personne glorieuse du Christ, jaillissant tel l’éclair. Ayant brisé les portes de l’enfer, le Christ les piétine et saisi le poignet d’Adam qu’il arrache vigoureusement des ténèbres de la mort. Avec Adam, c’est toute l’humanité qui est entraînée. C’est le Christ qui a pris l’initiative de notre salut. Au premier plan, sortant aussi de la tombe, Ève lève les mains couvertes par un pan de son vêtement en signe de révérence.

Derrière elle, se pressent à droite Moïse, des justes et des annonciateurs de la venue du Sauveur. À gauche, vêtus d’ornements royaux, David et Salomon sont tout prière et accueil. Près de David, Jean-Baptiste, le Précurseur, montre le Christ.

Crochets, verrous, clés et chaînes rompues jonchent le trou noir des enfers où gît le démon lié ; les montagnes resserrées et hautes illustrant les hauteurs éternelles, soulignent la profondeur des enfers.

Dans son corps spirituel, transfiguré, le Christ échappe aux lois du monde, à la pesanteur marquée de corruptibilité et de mort. Son corps paraît suspendu dans l’espace.

Premier de cordée de tout le genre humain, Il est désormais toute transparence, ouverture et communion.)]

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